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Visée par de virulentes critiques de la famille royale, la BBC est en crise pour son interview choc, mais très polémique, avec la princesse Diana en 1995

Par Martine PAUWELS

Visée par de virulentes critiques de la famille royale, la BBC est en crise pour son interview choc, mais très polémique, avec la princesse Diana en 1995, et sous pression pour réparer une réputation déjà abîmée. Sans précédent, les attaques des fils de Lady Di ont fusé après la publication d'un rapport indépendant jeudi. L'ancien juge de la Cour suprême John Dyson y étrille le journaliste Martin Bashir, 58 ans, pour avoir recouru à de faux documents afin de faciliter l'obtention de l'entretien. Il y pointe aussi du doigt la direction du groupe audiovisuel public, qui s'est excusé, pour sa gestion de l'affaire et sa volonté de l'enterrer.

L'interview, regardée en 1995 par 23 millions de téléspectateurs rien qu'au Royaume-Uni, avait fait l'effet d'une bombe: la princesse y avait notamment affirmé qu'il y avait "trois personnes" dans son mariage - en référence à la relation que Charles entretenait avec Camilla Parker Bowles - et reconnaissait entretenir elle-même une liaison. Ces confidences avaient conduit au divorce de Charles et Diana, morte moins de deux ans plus tard à Paris dans un accident de voiture alors qu'elle était pourchasée par des paparazzis. "C'est infiniment triste de savoir à quel point les manquements de la BBC auront alimenté les peurs, la paranoïa et la solitude des dernières années que j'ai passées avec elle", a dénoncé le fils aîné de Diana, le prince William, deuxième dans l'ordre de succession au trône britannique.

Cette interview de l'émission d'investigation Panorama, qui a selon lui aussi contribué à détériorer davantage la relation entre ses parents, n'a "plus aucune légitimité et ne devrait plus jamais être rediffusée", a-t-il estimé. Son cadet, le prince Harry, est aller jusqu'à dresser un lien ente la mort de sa mère, et "l'effet d'entraînement de cette culture d'exploitation et des pratiques contraires à toute éthique".

Près de 26 ans après la diffusion de l'émission, les agissements trompeurs de la BBC alimentent toute la scène médiatique et politique au Royaume-Uni. C'est une crise majeure pour le mastodonte de l'audiovisuel, dont la réputation de rigueur journalistique et d'indépendance est régulièrement écornée au Royaume-Uni par des accusations de partialité, comme lors de la couverture du Brexit, ou d'élitisme.

Le rapport Dyson a "grièvement blessé" le groupe, a souligné son responsable de la couverture des médias, Amol Rajan. "Avec les ministres du gouvernement, pratiquement toutes les Unes des journaux, l'abattoir des réseaux sociaux, vous avez le futur roi du Royaume-Uni et son frère, tous ligués contre la BBC". Cela place cette organisation, qui dépend de "l'attention et du respect du public", dans une position très difficile, selon lui. Une des rares voix à venir au secours du groupe, le correspondant royal Robert Jobson a estimé sur la chaîne Sky News que, malgré ces pratiques "affligeantes", l'interview de la prince Diana avait permis à cette dernière de dire sa vérité, comme elle le souhaitait.

Le gouvernement a indiqué vendredi qu'il allait examiner la nécessité de réformer la gouvernance de la BBC, alimentant des relations déjà tendues avec l'institution dont il questionne le financement par la redevance publique. La police londonienne, qui avait décidé en mars dernier de ne pas ouvrir d'enquête, a indiqué vendredi qu'elle allait examiner "toute nouvelle preuve significative qui émergerait" à la suite de la publication du rapport. Cette tempête intervient dans une période critique pour la BBC, qui cherche à se moderniser pour répondre aux défis des nouvelles habitudes du public et au succès des plateformes payantes comme Netflix.

Pour "mieux refléter" la diversité des régions, le groupe engagé dans un vaste plan d'économies avec des centaines de suppressions d'emplois à la clé a également décidé de délocaliser des postes et une partie de sa production hors de Londres. Le groupe a aussi promis de sévir, jusqu'à un éventuel licenciement, contre les employés manquant d'impartialité sur Twitter. En interne, il a dû faire face à une fronde sur la question de l'égalité salariale, après des poursuites en justice de journalistes s'estimant désavantagées par rapport à leurs collègues masculins.

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Vos réactions

Portrait de bib
22/mai/2021 - 12h24

"le correspondant royal Robert Jobson a estimé sur la chaîne Sky News que, malgré ces pratiques "affligeantes", l'interview de la prince Diana avait permis à cette dernière de dire sa vérité, comme elle le souhaitait."

Il est costaud le Robert Jobson ! Obtenir des déclarations à partir de mensonges et tromperies est une honte !