21/06/2020 11:18

Dossier : La crise frappe de plein fouet la presse avec des centaines de suppressions d'emplois du Parisien à BFM TV en passant par Grazia, BeIN Sports, RMC, l'Equipe, Webedia (Allociné, Puremédias, Purepeople...)

 Par Séverine ROUBY

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Dans des médias déjà fragilisés par la baisse des ventes papier et un marché publicitaire morose, la crise sanitaire a précipité les plans et mesures d'économies: presse écrite, audiovisuel ou web, aucun secteur n'est épargné par la vague. "Les douze prochains mois seront critiques pour l'industrie des médias", prévient l'institut Reuters dans son récent rapport annuel.

Dans la presse quotidienne, Le Parisien et L'Equipe ont ouvert le bal des mesures d'économies, annonçant pour le premier un nouveau projet éditorial prévoyant de réduire la voilure en local et de supprimer une trentaine de postes et pour le deuxième un accord de performance collective demandant aux salariés baisses de salaires et de congés.

Avec la faillite du distributeur de presse Presstalis, de nombreux titres ont perdu de l'argent: Le Parisien estime la perte à 5 millions d'euros, Paris Turf à 1,2 million, Le Monde à 13 millions, tandis que L'Equipe a prévu un déficit de plus de 16 millions cette année, une estimation qui recouvre la totalité de l'impact de la crise sanitaire. "Ce sont d'ores et déjà des centaines de postes dans la presse et les médias qui sont menacés. Comme nous le redoutions, la pandémie de Covid-19 sert de prétexte ou accélère des restructurations déjà programmées", déplore le SNJ-CGT.

Paris-Normandie, quotidien régional dont les difficultés ont été aggravées par la crise du Covid-19, a été placé en redressement judiciaire et repris par le groupe belge Rossel, qui va licencier un quart des effectifs. Paris Turf, premier groupe de presse hippique en France, a aussi été placé en redressement judiciaire après s'être retrouvé en cessation de paiement à la suite de l'arrêt des courses hippiques pendant le confinement. Sa reprise se traduira par plusieurs dizaines de licenciements.

L'arrêt des compétitions a pesé dans les médias sportifs: outre L'Equipe, la maison mère de BFM et RMC prévoit de supprimer "330 à 380 CDI et jusqu'à 200 pigistes et intermittents", sur un total de 1.600 salariés, dans le cadre d'un plan qui vise à nettement réduire la voilure dans le sport.

BeIN Sports envisage de supprimer une vingtaine de postes. Très fragilisées, trois radios indépendantes sur quatre vont devoir procéder à des suppressions d'emplois dans les semaines à venir, selon leur syndicat.

Côté magazines, l'éditeur de Grazia vient d'annoncer qu'il stoppait sa parution hebdomadaire et supprimait tous les postes du titre, tandis que Point de vue a lancé un appel à l'aide à ses lecteurs, se disant "au bord du gouffre".

Malgré l'explosion de la fréquentation des sites, le web n'est pas épargné: Webedia (Allociné, Puremédias, Purepeople...) prévoit une rupture conventionnelle avec un objectif de 60 à 80 départs, selon le SNJ-CGT. Et la rédaction du site d'infos locales A Nous Paris, propriété d'Altice, alerte dans une pétition sur sa fermeture.

"Il faudrait sans doute que l'Etat mette davantage la main à la poche car aujourd'hui en France on a une double crise : une crise des médias due au Covid et à l'effondrement des recettes publicitaires, et deuxièmement un choc conjoncturel très grave avec l'effondrement de Presstalis", constate l'économiste Julia Cagé, estimant sur France Inter qu'il est "temps de remettre à plat le système des aides à la presse".

"Le gouvernement se porte au secours des secteurs en perdition. On comprendrait mal qu'il s'abstienne de le faire pour l'information, plus essentielle que jamais à la vie publique. Pour colmater en vain les voies d'eau ? Non : pour accompagner une mutation", abondait cette semaine dans un éditorial Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de Libération.

"Le monde a besoin de se renouveler, le monde des médias aussi. Ça va être très compliqué jusqu'à l'automne mais si les actionnaires continuent à soutenir leurs investissements, font une croix sur leurs profits pour 2020 et permettent aux titres de continuer sans couper, ils se rendront compte de la force des marques", estime Stéphane Bodier, directeur général de l'ACPM, interrogé par le site spécialisé La Réclame. Le Monde, qui a sollicité un prêt garanti par l'Etat et un apport de ses actionnaires, a ainsi pu s'engager à honorer des augmentations salariales malgré le contexte.

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