nagui Pugnace pour les uns, "inquisiteur" pour les autres, le député Charles Alloncle et ses méthodes musclées font débat au sein de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public, au point de compromettre la suite de ses travaux. Le bureau de cette commission, qui rassemble des parlementaires de tous bords, se réunit mardi pour discuter des rendez-vous à venir jusqu'au printemps.
Le but affiché est de retrouver un "cadre digne, sérieux et respectueux", selon son président Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), qui ne veut pas d'un "tribunal politique".
Les incidents se sont multipliés depuis le démarrage fin novembre de la commission, abondamment retransmise et commentée, façon téléréalité.
"Je tâche de poser des questions que des millions de Français se posent. Et quand je n'ai pas la réponse, je repose la question d'une autre manière, jusqu'à ce que j'obtienne une réponse", reconnaît M. Alloncle auprès de l'AFP, admettant être "insistant". "Dans +commission d'enquête+, il y a +enquête+. Je n'abandonne pas", poursuit l'élu de l'Hérault, relevant qu'elle est de plus en plus suivie.
Mi-décembre, la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a "rappelé à l'ordre" Charles Alloncle, craignant que la commission d'enquête soit "dévoyée". Les soutiens du rapporteur ont volé à son secours: c'est "une pression intolérable" selon Marine Le Pen (RN) alors que son travail est "remarquable" d'après le président du parti Jordan Bardella.
Sur les réseaux sociaux, d'importants influenceurs de droite ont loué M. Alloncle. Ce dernier poursuivra sa mission avec "talent" et "courage", a fait valoir Eric Ciotti.
Le jeune député, ancien président des Jeunes avec Nicolas Sarkozy et partisan de l'union des droites, a rallié assez naturellement l'ex-patron de LR lorsqu'il s'est rapproché du RN.
Air austère et look soigné, le trentenaire blond à la petite barbe a déjà mis sur le gril le président du régulateur, l'Arcom, et les dirigeantes de France Télévisions et Radio France.
Cette dernière, Sibyle Veil, a déploré les "déformations publiques" de ses propos par le rapporteur sur X. Lors des auditions en fin d'année des journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen, plusieurs élus de gauche ont réclamé d'"arrêter (le) spectacle", dénonçant une "tentative d'humiliation" de la part de l'extrême droite.
La commission a été créée dans la foulée de la révélation d'une vidéo de ces deux journalistes qui a nourri les accusations de partialité en faveur de la gauche dans l'audiovisuel public. Au sein du bloc central macroniste, des voix s'élèvent pour demander le huis clos voire l'arrêt des travaux. "Je ne vois pas l'issue de cette commission", lâche ainsi la députée Céline Calvez, déçue que l'"on passe à côté du sujet".
La commission d'enquête sur "la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public" a été créée à la demande d'Eric Ciotti, dont le groupe allié RN prône la privatisation du secteur. Charles Alloncle se garde bien de se prononcer sur le sujet.
"Envoyé Spécial, Secrets d'histoire... J'ai été biberonné à la télé et la radio publiques et crois à leurs missions essentielles", assure ce fidèle auditeur de Fip, fils d'un préfet et d'une juriste devenue enseignante. "C'est pour sauver l'audiovisuel public qu'il faut purger les soupçons, cesser les entorses au principe de neutralité", selon le député élu en juillet 2024, ancien entrepreneur passé par Sciences Po, HEC et l'université américaine de Berkeley.
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