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Valérie Bacot est ressortie libre de la cour d'assises de Saône-et-Loire après avoir été condamnée à une peine symbolique pour l'assassinat de son mari proxénète

Valérie Bacot, "très clairement une victime" selon le ministère public, est ressortie libre, vendredi, de la cour d'assises de Saône-et-Loire, après avoir été condamnée à une peine symbolique pour l'assassinat de son mari proxénète. La mère de quatre enfants, âgée de 40 ans, a été condamnée à quatre ans de prison, dont trois avec sursis, ce qui lui a permis de ne pas être réincarcérée à la sortie du tribunal de Chalon-sur-Saône, considérant l'année qu'elle a déjà passée en détention provisoire.

Les membres de la cour d'assises sont ainsi allés plus loin dans la clémence que le ministère public qui avait déjà requis une peine modérée de cinq ans de prison, dont quatre avec sursis, en qualifiant de "victime" celle qui a été violée, battue et prostituée pendant des années par son mari tyrannique.

Un tonnerre d’applaudissements a éclaté à la lecture du verdict, certains proches de l'accusée fondant en larmes. Lisant les motivations de la cour et du jury, la présidente Céline Therme a souligné qu'ils avaient retenu "la terreur" dans laquelle a vécue Mme Bacot et les "multiples traumatismes de son enfance".

"Je voudrais remercier la cour", a déclaré Mme Bacot à sa sortie du tribunal, d'une voix très faible. "C'est un nouveau combat maintenant pour toutes les autres femmes et toutes les maltraitances", a-t-elle ajouté, se disant non pas soulagée "mais vidée". "Valérie Bacot ne pouvait pas prendre la vie de celui qui la terrorisait" mais il faut "fixer l'interdit sans réincarcérer", avait estimé dans ses réquisitions l'avocat général Éric Jallet, soulignant que ses quatre enfants avaient "besoin" de leur mère.

Valérie Bacot à l'issue de son procès le 25 juin 2021 à Chalon-sur-Saône

L'accusée a tué d'une balle dans la nuque, à l'âge de 35 ans, Daniel Polette, 61 ans, le 13 mars 2016, après près de 25 ans de viols et de violences, puis de prostitution contrainte. Elle encourait la perpétuité. "Une société qui se fait justice soi-même, c'est la guerre des uns contre les autres", a estimé l'avocat général.

Mais "Valérie Bacot est victime, très clairement", a-t-il reconnu. La défense avait estimé qu'une condamnation, aussi clémente soit-elle, serait encore trop pour Valérie Bacot. "Comment la société pourrait demander réparation à Valérie Bacot alors qu'elle n'a pas su la protéger?", a demandé Nathalie Tomasini qui, avec Janine Bonaggiunta, défend Mme Bacot.

Les deux avocates ont été les conseils de Jacqueline Sauvage, devenue le symbole des violences conjugales après avoir été condamnée pour avoir tué son mari, puis graciée en 2016. Me Tomasini a listé une "chaîne de dysfonctionnements multiples", en particulier les deux signalements que des proches de l'accusée ont faits à la gendarmerie, en vain.

"C'était elle ou lui", avait pour sa part estimé sa collègue, Me Bonaggiunta, rappelant que le mari de Valérie Bacot lui avait pointé une arme sur la tête en lui promettant qu'il la tuerait, elle et ses enfants, si elle le quittait.

Valérie Bacot le 21 juin 2021 devant la cour d'assises à Chalon-sur-Saône

"Marionnette" aux mains d'un "tyran", Valérie Bacot était "prise dans une toile d'araignée, sans aucun recours possible à la loi", a-t-elle ajouté, demandant elle aussi l'acquittement ou une "peine symbolique".

Le procès, ouvert lundi, a dépeint les violences extrêmes subies par Valérie Bacot et sa peur de les voir se perpétuer à l'encontre de sa propre fille, Karline, qui avait 14 ans au moment des faits.

Des experts psychiatre et psychologue ont souligné que l'accusée n'avait aucune autre "échappatoire" que de "faire disparaître" son mari, tant elle souffrait de son "emprise permanente" et de sa "surveillance" très serrée, qui l'empêchait d'aller porter plainte.

Valérie Bacot à son arrivée au Palais de justice de Chalon-sur-Saône, le 25 juin 2021

Le mari de Mme Bacot, alcoolique et violent, l'a prostituée pendant 14 ans. Il a commencé à la violer alors qu'elle n'avait que 12 ans et qu'il était encore l'amant de sa mère. Condamné et incarcéré en 1996, l'homme est pourtant autorisé, dès sa sortie de prison en 1997, à réintégrer le domicile familial, où "tout a recommencé comme avant", selon Mme Bacot.

Elle tombe enceinte à 17 ans et part s'installer avec "Dany", expliquant cette décision surprenante par le besoin d'offrir un "père" à cet enfant qu'elle voulait garder. "Je voudrais dire pardon à mes enfants de ce que je leur ai fait endurer", a-t-elle déclaré avant que les jurés se retirent pour délibérer, dans une référence à l'enfouissement du corps de Daniel Polette, auquel ont participé deux d'entre eux.

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Vos réactions

Portrait de JC732
26/juin/2021 - 09h56
th93100 a écrit :

CE jugement me semble etre une très bonne décision.

En revanche un avocat général capable de co.neries telles que  "Une société qui se fait justice soi-même, c'est la guerre des uns contre les autres",  doit quitter son job pour avoir perdu de vue la réalité de la vie de ses concitoyens. Cette phrase est soit un pléonasme, soit un foutage de gueule soit la manifestation d'une incompétence crasse.

Pourtant, au moment des plaidoiries, c'est lui qui a dit que "cette femme n'avait plus rien a faire en prison" et a demandé une peine en conséquence.

Portrait de Linoïe
26/juin/2021 - 09h00

Je suis contente qu'elle soit libre,  à la sortie du tribunal, elle semblait très fatiguée...Elle est jeune et j'espère qu'elle aura une belle vie au milieu de ses formidables enfants, qui l'ont entourée  pendant tout ce procès...

Portrait de Jse
26/juin/2021 - 07h44

Très bonne décision de la justice 

J'espère que cette fois elle va être entourée , soignée , et aidée  afin qu'elle retrouve une vie paisible et heureuse  

Il faut que l'Etat réagisse et  protège toutes ces femmes battues violées prostituées par ces monstres 

Portrait de Valentin98
26/juin/2021 - 07h13

L'important est qu'elle soit libre, qu'elle se reconstruise (je sais c'est plus facile à dire qu'à faire) avec ses 4 enfants et que les journalistes ne la traque pas et lui foutent la paix à elle et à son entourage!

J'espère que Murielle ROBIN aura la décence de ne pas en faire une série ou un film comme elle l'a fait avec Jacqueline SAUVAGE

Portrait de Cortex
26/juin/2021 - 01h22
th93100 a écrit :

CE jugement me semble etre une très bonne décision.

En revanche un avocat général capable de co.neries telles que  "Une société qui se fait justice soi-même, c'est la guerre des uns contre les autres",  doit quitter son job pour avoir perdu de vue la réalité de la vie de ses concitoyens. Cette phrase est soit un pléonasme, soit un foutage de gueule soit la manifestation d'une incompétence crasse.

Mince, l'espace d'un instant, j'ai cru que je ne connaissais plus la définition de pléonasme. J'ai même été consulter mon dictionnaire pour en être certain.

Puis je vous ai relu et la définition qui me vient à l'esprit s'agissant de votre intervention est "amalgame". Il est vrai que c'est une figure de style tellement facile n'est-ce pas smiley

Sinon ouep, jugement très bon ! 

Portrait de th93100
26/juin/2021 - 00h47

CE jugement me semble etre une très bonne décision.

En revanche un avocat général capable de co.neries telles que  "Une société qui se fait justice soi-même, c'est la guerre des uns contre les autres",  doit quitter son job pour avoir perdu de vue la réalité de la vie de ses concitoyens. Cette phrase est soit un pléonasme, soit un foutage de gueule soit la manifestation d'une incompétence crasse.

Portrait de Azrael68
26/juin/2021 - 00h24 - depuis l'application mobile

Pour une fois , je suis d’accord avec cette décision de justice !

Portrait de fani122009
25/juin/2021 - 23h20

tres bonne decision