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Un influent blogueur irakien a reparu après son enlèvement par des hommes armés en uniforme, a annoncé son père dénonçant "un climat de peur"

Un influent blogueur irakien a reparu  après son enlèvement par des hommes armés en uniforme, a annoncé à l'AFP son père, l'ONG Amnesty dénonçant "un climat de peur" créé par les forces de sécurité après un mouvement de contestation sanglant. Enlevé jeudi à l'aube de son domicile par "une quinzaine d'hommes masqués et en uniformes noirs", Chojaa al-Khafaji a été "abandonné dans une rue avec 20 dollars pour rentrer en taxi" 24 heures plus tard, a déclaré Farès al-Khafaji, son père. Ses ravisseurs, qui ont refusé de s'identifier, n'ont produit aucun mandat d'arrêt ou document légal pour saisir ses téléphones et ordinateurs, a-t-il précisé.

M. Khafaji tient une page Facebook "al-Khouwa al-nadhifa" ("Ceux qui ont les mains propres", en français) qui diffuse des informations locales sur des sujets politiques ou sociaux à plus de 2,5 millions d'abonnés. La nouvelle de sa disparition avait suscité une intense mobilisation des militants et une levée des boucliers parmi les politiques. Le leader chiite Moqtada Sadr et l'ex-Premier ministre Haider al-Abadi avaient dénoncé une "attaque" contre "la liberté d'expression". Le blogueur en vue Ali Wajih a, lui, parlé d'"une autoroute vers une nouvelle république de la peur".

Pour Amnesty International, avec deux autres célèbres militants toujours disparus, "toutes les voix dissidentes risquent d'être enlevées et interrogées sous la menace d'une arme".

L'ONG de défense des droits humains appelle "les autorités à mettre fin aux disparitions forcées (...) et à juger ceux au sein des forces de sécurité qui sont soupçonnés d'être responsables" de ces actions. Celles-ci visent "à nous effrayer pour qu'on dise aux autres de ne pas participer aux futures manifestations" prévues le 25 octobre, affirme un militant cité par l'ONG. Lors de la sanglante contestation antigouvernementale --110 morts du 1er au 6 octobre--, des hommes armés portant des uniformes sans aucun sigle, ont attaqué des télévision locales à Bagdad, détruisant et saisissant du matériel et intimidant des employés. Depuis, de nombreux militants et journalistes ont dit avoir reçu des menaces par téléphone, proférées par des interlocuteurs anonymes qui leur reprochent d'avoir "pris le parti des manifestants".

M. Khafaji avait déjà fait l'objet de cyberharcèlement le mois dernier après des frappes sur des bases militaires du puissant Hachd al-Chaabi, une coalition de groupes armés dominée par les milices chiites pro-Iran, désormais en partie intégré aux forces de sécurité. Le Hachd a démenti jeudi soir toute implication dans les disparitions, menaçant de poursuites judiciaires quiconque l'en accuserait. Amnesty assure toutefois qu'il est impliqué dans au moins un enlèvement, celui de l'avocat Ali al-Hattab, qui défendait des manifestants arrêtés, le 8 octobre à Amara, à 350 km au sud de Bagdad. Des proches de Me Hattab ont assuré à Amnesty qu'il avait été "kidnappé par des hommes armés qui circulaient à bord de pick-up du Hachd", deux jours après que "deux hommes armés du Hachd étaient venus le menacer chez lui".

"On sait que les autorités ne nous aideront pas, le temps qu'elles bougent, Ali sera peut-être déjà mort", a confié sa famille à Amnesty. L'ONG appelle également les autorités à révéler où se trouve Maytham al-Helou, un médecin militant à Bagdad porté disparu depuis le 7 octobre.

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