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Face à la recrudescence des procédures qui les visent, les journalistes ont désormais leur "Guide de défense"

Que faire quand on est convoqué comme témoin par la police ? Doit-on prendre son téléphone, peut-on réclamer un avocat ? Face à la  recrudescence des procédures qui les visent, les journalistes ont désormais leur "Guide de défense".
Téléchargeable gratuitement depuis mardi sur les sites de l'Association de la presse judiciaire (APJ) et du Syndicat national des journalistes  (SNJ), à l'origine de cette initiative, le guide a été élaboré avec le cabinet d'avocat Spinosi & Sureau pour répondre aux questions que peut se  poser un journaliste inquiété dans le cadre de son travail. 

"Il y a toujours eu des convocations judiciaires mais ça s'est accéléré ces derniers temps. C'est destiné à nous faire peur, ainsi qu'à nos sources",  a déploré Dominique Pradalié, secrétaire générale du SNJ, dénonçant des "convocations en rafales", lors d'une présentation du guide à  la presse. Une dizaine de journalistes, indépendants et issus de grands médias, ainsi que des patrons de presse ont été convoqués ces derniers   mois par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) dans le cadre de diverses procédures. 

Plus récemment, le journaliste militant Taha Bouhafs a été interpellé puis mis en garde à vue alors qu'il couvrait une manifestation de soutien à  des travailleurs sans-papiers. Selon Dominique Pradalié, plusieurs journalistes ont récemment reçu des "rappels à la loi" : "on voit se multiplier   ce genre d'intimidation", regrette-t-elle, constatant que "les journalistes ne connaissent malheureusement pas leur droits".
"On vit une dérive considérable. Il y a une volonté des forces de police d'intimider les journalistes. Le guide vise à donner des réponses simples  et concrètes", a souligné Patrice Spinosi. Il explique ce durcissement par un "mouvement de fond" : "notre société devient de plus en plus une  société de la surveillance, un phénomène renforcé par les outils technologiques. On vit une ère de la transparence qui s'oppose au secret  professionnel, c'est vrai pour les avocats comme pour les journalistes".
"Aujourd'hui, c'est considéré comme anormal de cacher quelque chose et l'Etat s'en sert car le but des services de police a toujours été d'obtenir  le plus d'informations possibles", estime-t-il. "Les journalistes sont des justiciables comme les autres mais ils ont des droits supplémentaires  afin d'assurer leur mission d'information", rappelle-t-il, soulignant que la jurisprudence est "extrêmement favorable à la liberté d'expression". "Vous avez la possibilité de refuser de donner vos sources, on ne peut pas vous condamner pour ça !", a-t-il martelé.

Le guide a été écrit "en pensant aux journalistes isolés, aux localiers, aux indépendants qui ne sont pas soutenus par un grand média", a indiqué de son côté Jean-Philippe Deniau, président de l'APJ. Le guide, disponible en version courte et longue (4 et 10 pages), sera actualisé en fonction des évolutions de la législation.

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