Philippe Brun
Bête noire de certains juifs en France qui ne lui ont pas pardonné son traitement de l'affaire dite "al-Doura", Charles Enderlin rend lundi les clés du bureau de Jérusalem à France 2, après trois décennies de correspondance en Israël et dans les territoires palestiniens.
Le reporter vétéran, qui connaît "tout le monde" au Proche-Orient, fêtera ses 70 ans le 2 octobre. A la fin de l'année, il sera retraité mais n'abandonnera pas pour autant son sujet et sa terre d'Israël, ni l'écriture et l'image.
"Je vais continuer autrement, à un autre rythme, celui du documentaire", déclare-t-il de sa gouaille rocailleuse à l'AFP.
L'homme a déjà réalisé des documentaires TV et publié des ouvrages sur le conflit israélo-palestinien, comme "Paix ou guerre" ou "Au nom du temple", titre d'un film diffusé sur France 2 au printemps dernier.
En 2010, il revient dans le livre "Un enfant est mort" sur l'événement le plus marquant de sa carrière, à l'origine d'une violente polémique et d'une décennie de procès: le décès en 2000 de Mohammed al-Doura, un Palestinien de 12 ans touché, selon lui, par des balles israéliennes.
Son reportage, qui montre le jeune palestinien et son père pris entre les feux croisés de soldats israéliens et combattants palestiniens, émeut l'opinion publique internationale mais lance aussi une vive controverse sur l'origine des tirs ayant tué le garçon. Enderlin subit alors une campagne de déstabilisation, en France comme en Israël, doublée d'appels au meurtre du "collabo".
Des juifs français s'acharnent sur sa réputation, au point de lui attribuer un "Prix Goebbels".
Philippe Karsenty, fondateur de Media-Ratings, qui avait qualifié le reportage de "supercherie", a été condamné en appel pour diffamation en 2013.
"C'est une infamie absolue", s'insurge Arlette Chabot qui dirigeait les informations de la chaîne à l'époque.
"Cette affaire a été douloureuse, il n'aurait jamais dû être mis en cause, il a toujours travaillé avec honnêteté", ajoute la journaliste: "C'est un type courageux et solide".
Pour Boaz Bismuth, journaliste au quotidien de droite Israël Hayom, Charles Enderlin "a su être d’abord journaliste, avant d’être Français et Israélien, ce qui lui a coûté cher".
Connu comme le loup blanc au Proche-Orient, il reste la bête noire d'une partie des juifs français, qui ne lui pardonnent pas l'affaire.
Richard Prasquier, président des institutions juives de France (Crif) à l'époque dénonce un homme "trop orgueilleux" pour reconnaître "une erreur tragique et dramatique qui a eu des conséquences lourdes sur l'image du conflit israélo-palestinien".
Vos réactions
Ahlala,tais toi quand tu parles(dixit aldo maccione)lui dit le "CRIF"
place aux jeunes!
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