Angèle Le gouvernement français s'apprête à renforcer l'encadrement de la médecine esthétique, une activité en plein essor qui attire de plus en plus de praticiens, au risque d'aggraver les difficultés d'accès aux soins. Selon le projet actuellement envisagé, les médecins pourraient être autorisés à consacrer au maximum 30 % de leur temps de travail à des actes esthétiques, notamment les injections de Botox ou les traitements anticellulite.
L'objectif affiché est de préserver du temps médical pour les consultations et les soins thérapeutiques, dans un pays où de nombreux territoires souffrent déjà d'une pénurie de praticiens. Cette orientation intervient alors que la médecine esthétique, généralement non remboursée par l'Assurance maladie, représente une activité potentiellement lucrative pour les professionnels de santé.
En 2024, le Conseil national de l'Ordre des médecins estimait entre 4.000 et 5.000 le nombre d'anciens généralistes pratiquant cette activité, dont l'encadrement juridique demeure complexe. Le gouvernement travaille depuis plusieurs mois à une réforme destinée à clarifier les conditions d'exercice et à renforcer la formation des médecins souhaitant proposer ces prestations.
Un décret publié en juillet a déjà instauré un cadre permettant de reconnaître une activité médicale complémentaire à visée esthétique, dont les modalités pratiques doivent être précisées. Cette réglementation répond également à la multiplication des injections illégales réalisées par des personnes dépourvues de qualification médicale, parfois recrutant leur clientèle sur les réseaux sociaux.
Plusieurs accidents graves ont récemment illustré ces dérives, notamment à Villeurbanne et à Nice, où deux femmes sont décédées après des injections esthétiques pratiquées dans des conditions suspectes. L'Académie nationale de médecine alerte sur les risques d'infections, de nécroses, d'accidents vasculaires et de lésions oculaires pouvant entraîner des séquelles irréversibles.
En juin, l'institution a qualifié la médecine esthétique d'« enjeu de santé publique nécessitant un encadrement renforcé », appelant à mieux protéger les patients. La question dépasse les frontières françaises : au Royaume-Uni, le gouvernement a également présenté ce mercredi de nouvelles restrictions visant les interventions esthétiques dangereuses pratiquées par des opérateurs insuffisamment qualifiés.
Outre-Manche, certaines injections corporelles et procédures particulièrement risquées devraient ainsi être réservées à des professionnels de santé disposant des qualifications appropriées.
En France, la limitation envisagée à 30 % du temps de travail pourrait modifier profondément l'organisation des cabinets médicaux, mais ses modalités d'application et de contrôle restent à préciser.
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