19/05 17:40

En Slovaquie, les médias d'opposition victimes collatérales de l'attentat contre le Premier ministre Robert Fico, en étant accusés "d'avoir du sang sur les mains"

Avec les quatre balles tirées la semaine passée sur le Premier ministre Robert Fico en Slovaquie, les choses sont allées de mal en pis pour Matus Kostolny, rédacteur en chef de Dennik N, quotidien indépendant qualifié d'"hostile" par le gouvernement. Les menaces venues de lecteurs et les accusations d'alliés politiques de M. Fico ont immédiatement commencé à pleuvoir, raconte M. Kostolny, 49 ans.

"Dix minutes après notre article sur les tirs contre le Premier ministre, j'ai commencé à recevoir des messages assurant que j'étais responsable, que j'avais du sang sur les mains et que j'allais payer pour cela", confie-t-il à l'AFP. "Dès le premier jour des politiciens de la coalition au pouvoir ont déclaré que (...) certains médias y compris Dennik N portaient la responsabilité de l'attentat", explique-t-il.

La révélation par des médias slovaques en 2018 de liens entre le gouvernement de M. Fico et la mafia italienne avait déclenché un tollé menant à sa démission. M. Fico est hospitalisé depuis qu'un tireur isolé a ouvert mercredi le feu sur lui, l'atteignant de plusieurs balles, notamment à l'abdomen.

Après deux longues opérations, sa vie n'est plus en danger mais il reste dans un état grave. M. Fico, 59 ans, remplit son quatrième mandat de Premier ministre, à la tête d'une coalition de deux partis centristes et d'un parti nationaliste plus petit. Son parti centriste, le Smer-SD, avait remporté les élections législatives en septembre, prônant des propositions de paix entre la Russie et l'Ukraine voisine ainsi que d'arrêt de l'aide militaire à Kiev, mises en oeuvre par la suite.

La tentative d'assassinat a profondément choqué la Slovaquie, pays de 5,4 millions d'habitants membre de l'Union européenne et de l'Otan, fortement divisé sur le plan politique depuis des années. Peu après sa victoire électorale, il a interdit d'entrée quatre médias slovaques --Dennik N, Aktuality, SME et la télévision Markiza-- dans le bâtiment du gouvernement, les taxant de "médias hostiles" et d'"invités indésirables".

"Nous avons obtenu l'étiquette de média hostile en existant et en faisant le genre de journalisme que nous faisons, en posant des questions sans flatteries et en publiant des textes critiques", dit M. Kostolny.

"Les politiciens n'aiment pas ça, pas seulement Robert Fico (...) qui nous a de fait agressés dès notre création".

Le gouvernement de M. Fico veut également faire adopter un projet de loi controversé sur la radio et la télévision publiques RTVS que le pouvoir en place accuse de manquer d'objectivité. En tant qu'organe indépendant, Dennik N tire actuellement l'essentiel de son chiffre d'affaires de ses lecteurs, sans financement de l'Etat, souligne M. Kostolny.

Ça peut vous interesser

Ailleurs sur le web

Vos réactions

Portrait de COLIN33
19/mai/2024 - 20h33 - depuis l'application mobile

il faut bien trouver des coupables surtout quand la victime est d'extrême droite