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Sept anciennes prostituées ont lancé en mars un podcast pour montrer "le vrai visage" de la prostitution et aider les personnes concernées à "décrocher" - VIDEO

Par Marine PENNETIER

Elles se présentent comme des "survivantes" : sept anciennes prostituées ont lancé en mars un podcast pour montrer "le vrai visage" de la prostitution et aider les personnes concernées à "décrocher". Dans "La vie en rouge", série d'épisodes diffusés tous les lundis jusqu'au mois de juillet sur les plateformes de podcast, ces femmes âgées de 22 à 67 ans racontent leur parcours prostitutionnel et analysent ce qui a les "a fait tomber dedans".

Hasard du calendrier, ce projet, qui est soutenu par le Mouvement du Nid, arrive sur les ondes au moment où le gouvernement s'apprête à dévoiler son plan national de lutte contre la prostitution qui réaffirmera, selon l'exécutif, la ligne abolitionniste de la France. "Le podcast a une vocation de prévention et de sensibilisation, on vient partager notre récit pour permettre à tous de prendre conscience de l'envers du décor", explique à l'AFP l'une de ses sept conceptrices, Lexie.

"Notre espoir c'est que ça puisse être une ressource utile autant pour les personnes qui ont vécu la prostitution que pour celles qui se posent des questions", ajoute la jeune étudiante de 22 ans, qui s'est prostituée pendant six mois à l'âge d'"à peine 18 ans". "J'étais toute seule sur Nantes, une copine que je ne connaissais pas très bien m'a dit avoir des clients réguliers pour gagner de l'argent et m'a proposé de faire de même", raconte-t-elle.

"Ca n'a pas duré très longtemps, j'en suis sortie aussi vite que j'en suis rentrée". Dans son épisode - chacun dure une quinzaine de minutes en moyenne -, elle s'attarde sur les raisons qui ont fait qu'elle a "pu en arriver là" : un harcèlement scolaire né de son "incapacité à dire non aux garçons" et "des mauvaises rencontres" sur internet avec des hommes plus âgés qui ont "brisé" sa confiance en elle.

Dans le podcast, "on a essayé d'apporter notre ressenti et pas seulement des faits", souligne Anne, 57 ans, qui a connu deux périodes de prostitution - une première lorsqu'elle était à l'aide sociale à l'enfance dans le sud de la France, la seconde entre 40 et 45 ans. "On a confié au micro ce qu'on ressentait au plus profond de nous-même, et cette période était extrêmement destructrice", ajoute-t-elle. En réécoutant son épisode, elle confie avoir dû "sortir pour pleurer".

"C'est très violent, ce n'est pas la même chose de le raconter et de l'entendre, c'est votre histoire qui vous revient en plein dans la figure, ça m'a bouleversée". Cette militante du Nid - qui fut militaire et père de famille avant de faire sa transition - alerte depuis des années sur la problématique de la prostitution au sein des foyers de l'aide sociale à l'enfance.

Avec "La vie en rouge", un titre qui évoque les quartiers rouges et s'inscrit en opposition à "la vie en rose", elle espère une "libération de la parole". "Si j'ai fini dans la prostitution, c'est que quelque chose n'a pas fonctionné, c'est ça qu'il faut réparer pour que d'autres ne tombent pas dans le système prostitutionnel". 

Pour Alexine, 28 ans, le podcast permet aussi de battre en brèche "les images de la prostituée heureuse ou à l'inverse misérable et incapable de s'en sortir". La jeune femme, qui s'est prostituée étudiante pendant deux ans à Toulouse initialement pour pouvoir payer son loyer, raconte que l'exercice radiophonique l'a replongée temporairement "dans les insomnies et les attaques de panique".

Mais depuis, elle estime avoir fait "des bonds de géant : je suis allée voir un psy, je suis retournée voir ma gynéco, j'ai arrêté l'alcool", liste-t-elle, évoquant l'aspect "thérapeutique" du podcast.

Prochaine étape : en parler à sa famille. Encouragées par les "premiers retours positifs" - "on nous dit que c'est d'utilité publique" -, les conceptrices du podcast réfléchissent déjà à une saison 2. En France, le nombre de personnes prostituées est estimé à 30.000 personnes, selon l'office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH).

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Vos réactions

Portrait de Maylis85
5/mai/2024 - 23h11

Ces témoignages ne sont pas représentatifs de toute la prostitution car oui, il existe des putes  bien dans leur peau qui ne voudraient pour rien a monde quitter ce milieu

Portrait de seb2746
4/mai/2024 - 15h55

En espérant qu'elles ont déclarées aux impôts les passes, l'hypocrisie de l'état Français sur ce sujet est ignobles.

D'un coté on INTERDIT mais de l'autre on impose les personnes AVEC un taux de passes réalisés ("obligatoire")...