08/11 07:16

Deux rédacteurs en chef parmi les plus influents d'Autriche, rattrapés par l'Ibizagate, se mettent en retrait, après des révélations sur leur proximité avec le personnel politique

Deux rédacteurs en chef parmi les plus influents d'Autriche ont dû se mettre en retrait, après des révélations sur leur proximité avec le personnel politique, énième conséquence d'un scandale qui a éclaté il y a trois ans. Rainer Nowak, également directeur de la publication de "Die Presse", le grand journal conservateur, a "suspendu" ses fonctions "jusqu'à la parution des conclusions d'un audit interne", selon un communiqué.

Mathias Schrom, rédacteur en chef à la télévision publique ORF, a quant à lui été prié de "partir immédiatement en congés" tandis que le "comité éthique a été saisi", a écrit le puissant groupe audiovisuel sur son site internet. Ces deux figures du paysage médiatique sont rattrapées par l'Ibizagate, une affaire qui ne cesse de déstabiliser l'Autriche au fur et à mesure que des éléments de l'enquête fuitent. Un an après la démission du chancelier conservateur Sebastian Kurz sur fond de soupçons de corruption, déjà liés aux médias, de nouvelles révélations ont émergé cet automne. Selon des extraits du dossier d'instruction publiés la semaine dernière dans la presse, Rainer Nowak a échangé en 2017 une série de SMS compromettants avec l'ancien secrétaire général du ministère des Finances, Thomas Schmid, proche allié de M. Kurz à l'époque. Il lui demandait de l'aider à prendre la tête de l'ORF en échange d'un renvoi d'ascenseur. Dans un courrier aux lecteurs, le journaliste s'est excusé pour "la tonalité et la proximité inappropriée" des messages.

Quant à Mathias Schrom, il a régulièrement échangé avec le parti d'extrême droite FPÖ, laissant entendre qu'il s'affairait à limiter l'influence des sociaux-démocrates dans la maison. La diffusion en 2019 d'une vidéo tournée en caméra cachée sur l'île espagnole d'Ibiza a abouti au lancement de nombreuses enquêtes contre des responsables politiques et à la saisie de téléphones portables qui ne cessent de livrer leurs secrets. On y voyait M. Strache se montrant disposé à offrir d'importants marchés publics à la pseudo-nièce d'un oligarque russe, si elle acceptait d'investir dans le principal tabloïd du pays, la Kronen Zeitung, afin de le mettre à son service.

Encore à la septième position au classement mondial de la Liberté de la presse de Reporters sans Frontières (RSF) en 2015, l'Autriche a perdu 24 places en sept ans. Mi-octobre, le président de la République Alexander Van der Bellen, un écologiste récemment réélu, avait appelé à un profond changement, alors que la "confiance en la démocratie est massivement ébranlée" en Autriche.

Ailleurs sur le web

Vos réactions