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Bataclan: Le 13 novembre 2015, alors qu'il est chez lui, le journaliste du Monde Daniel Psenny réalise "le seul scoop de sa vie" en filmant une partie de l'attentat - VIDEO

"La guerre est venue chez moi." Le 13 novembre 2015, le journaliste du Monde Daniel Psenny, "au bon endroit, au bon moment" à son domicile, réalise "le seul scoop de (sa) vie" en filmant une partie de l'attentat du Bataclan.

Avant d'aider un rescapé et d'être blessé. Des cris, des tirs de kalachnikov, des gens qui tentent de s'enfuir, une femme accrochée à un balcon du Bataclan... De son appartement qui donne sur une issue de secours de la salle de spectacles, au 2e étage du 14, passage Saint-Pierre-Amelot, Daniel Psenny capte avec son téléphone une partie de l'attaque terroriste, au cours de laquelle 90 personnes seront tuées. "Qu'est-ce qu'il se passe ?", se souvient-il s'être écrié.

Le journaliste l'ignore, "pas au courant de ce qu'il s'était passé précédemment au Stade de France et devant les terrasses de Paris", où le commando terroriste vient de semer la mort et la terreur. Spontanément, il songe à un règlement de comptes dans le Bataclan, sur lequel il a vue depuis quarante ans.

Après avoir pris quelques photos et pour donner plus de poids à son témoignage "par réflexe journalistique", il filme "en faisant gaffe de ne pas bouger, sans faire d'aller-retours". "J'ai essayé de faire un petit reportage" se souvient-il pour l'AFP. Ses images feront le tour du monde, en libre accès sur le site du Monde pendant vingt-quatre heures. "Sans doute une erreur", juge-t-il aujourd'hui.

"Le seul scoop que j'ai fait de ma vie, mais quand même mondial... C'est la première fois, au-delà du World Trade Center (11 septembre 2001, NDLR), qu'on voyait ce que produisait le terrorisme avec des gens qui tombent et meurent, le bruit. Plus que les images, ce sont les sons qui m'ont impressionné."

"C'est un témoignage assez exceptionnel. Je ne dis pas ça pour me gonfler les chevilles mais c'est une réalité", ajoute l'auteur, aujourd'hui âgé de 64 ans et à la retraite. Les jours suivant les attentats, l'authenticité de sa vidéo est mise en doute sur les réseaux sociaux, et le journaliste est accusé d'avoir préféré filmer plutôt qu'aider les victimes. "Il y a quand même eu une grosse hostilité face au film. Je l'assume complètement: j'ai fait cette vidéo par réflexe, j'étais là quoi. Je ne me suis pas précipité pour aller sur place. Et j'ai filmé en toute transparence."

Peu avant 22h00, les balles se taisent enfin. Pensant l'attaque terminée, Daniel Psenny, qui "(n'a) jamais été reporter de guerre, (a) peur de la guerre", range son téléphone et sort pour tirer dans son hall Matthew, un touriste américain gisant sur le trottoir, blessé. Dans son hall, le journaliste est à son tour touché par une balle, tirée par l'un des membres du trio jihadiste depuis l'étage du Bataclan, et qui lui transperce le bras.

Commence alors "la deuxième séquence, aussi dure que la première: je me sens mourir" dans l'appartement de ses voisins Bruno et Estelle, où il reste plusieurs heures avant d'être autorisé à rejoindre un poste de secours. La vidéo est toujours dans son téléphone. "J'avais essayé de l'envoyer mais ça ne passait pas. Je disais à Estelle: s'il m'arrive quelque chose, il faut vraiment que tu récupères la vidéo et l'apportes au journal." Elle sera copiée dans la nuit par une stagiaire du Monde, parvenue à se faufiler jusqu'à sa chambre de l'hôpital Georges Pompidou.

La reconstruction de Daniel Psenny "a été un peu compliquée", entre cauchemars et difficultés à trouver sa place: "pendant quelques semaines, j'étais davantage vu comme une victime au Monde, et comme un journaliste par les victimes" et leurs proches, au sein de l'association 13Onze15. Le journaliste a aussi assisté, de son appartement les mois suivants, aux "flux de touristes qui allaient et venaient pour faire des photos et voir les impacts de balles" devant l'issue de secours du Bataclan.

"Je ne m'en suis jamais voulu d'avoir filmé, mais là je me disais +si je n'avais pas filmé, il n'y aurait pas eu tout ce cinéma+." "Pour commencer une autre vie ailleurs", il quittera finalement son appartement et Paris en octobre 2019 pour rejoindre à Budapest son épouse, avec qui il s'était marié deux mois avant ce 13 novembre 2015.

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