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Le combat de l'UE contre la désinformation est insuffisant face aux "menaces émergentes", venues notamment de Chine, et il manque de coordination, met en garde la Cour des comptes européenne

Le combat de l'UE contre la désinformation est insuffisant face aux "menaces émergentes", venues notamment de Chine, et il manque de coordination, a mis en garde la Cour des comptes européenne dans un rapport.

"Nous recommandons de renforcer et de mieux coordonner la réponse de l'Union à la désinformation", a indiqué l'auteur, Baudilio Tomé Muguruza. Le plan d'action de l'UE contre la désinformation, présenté en 2018 dans la perspective des élections européennes de 2019, "était bien conçu au départ, mais il reste incomplet", estime-t-il. Les auditeurs regrettent que ce plan d'action n'ait "pas été actualisé ni revu depuis 2018, alors que les tactiques, les acteurs et les technologies de la désinformation ne cessent d'évoluer". Le rapport constate que les activités de surveillance des médias menées par trois "task forces" du Service européen pour l'action extérieure (SEAE) "se concentrent largement sur les médias internationaux russes, les canaux de communication officiels russes (...) et les médias inspirés/mus par le discours de la Russie qui opèrent dans l'UE et son voisinage". "Or, selon l'analyse du SEAE, d'autres acteurs, tels que la Chine, apparaissent aussi, à des degrés divers, comme des menaces importantes en matière de désinformation", avertissent les auditeurs, en prévenant que ces "task forces" "ne sont pas dotées d'un personnel adéquat ni de financements suffisants". Ils reconnaissent que le site EUvsDisinfo, qui publie et analyse des exemples de désinformation émanant de Russie, "n'a cessé de gagner en visibilité". Mais le fait qu'il soit hébergé par le SEAE soulève des questions sur son indépendance, estiment-ils. La Cour des comptes note que le plan d'action relève de différents services de la Commission, "sans qu'une entité unique ne soit en charge des activités de communication ou n'assure une supervision complète en la matière". Elle précise que "les dépenses de l'UE consacrées à la lutte contre la désinformation restent relativement faibles à ce jour, à savoir 50 millions d'euros entre 2015 et 2020". Elle pointe aussi les insuffisances du code de bonnes pratiques contre la désinformation lancé en 2018 et signé -sur une base volontaire- par Google, Facebook, Twitter, Microsoft, Mozilla et TikTok, ainsi que des acteurs du secteur de la publicité. La Commission tente actuellement de le renforcer, et il devrait prendre un caractère encore plus contraignant avec la prochaine loi sur le numérique (Digital Services Act). L'exécutif européen, dans sa réponse à l'audit, souligne que le Plan d'action pour la démocratie européenne présenté en décembre 2020, et dont une partie est consacrée à la désinformation et à l'ingérence étrangère, "approfondit de nombreux aspects" du plan de 2018. Et que "les institutions de l'UE veilleront à ce que leur coordination interne en matière de désinformation soit renforcée par un protocole clair".

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