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Fusion TF1 / M6 : A 70 ans, Nicolas de Tavernost va devenir l'homme fort de ce nouveau groupe avec pour objectif de rassurer le marché face à ce nouveau géant des médias

A 70 ans, Nicolas de Tavernost va accompagner le groupe M6 qu'il a contribué à fonder dans le grand mouvement de concentration des médias qu'il anticipe depuis des années et pourrait, si la fusion avec TF1 réussit, devenir PDG d'un nouveau géant français de la télévision. Fraîchement diplômé de l'Institut d'études politiques de Bordeaux, Nicolas de Tavernost s'est d'abord familiarisé avec le monde des télécommunications au sein du cabinet du "ministre du téléphone" Norbert Ségard. Il débute sa carrière dans les médias en devenant directeur adjoint de Métropole Télévision (M6) en 1987, après avoir piloté le projet de création de la chaîne au sein de la Lyonnaise des Eaux.

Remplaçant Jean Drucker au poste de président du directoire de M6 en 2000, ce père de quatre enfants et héritier d'un château du 19e siècle dans l'Ain, a inlassablement défendu les intérêts d'une chaîne d'abord à dominante musicale, devenue généraliste, puis groupe de médias.

Le patron français au caractère orageux et aux cheveux en pagaille n'a jamais laissé de place à un successeur, entraînant le départ de plusieurs prétendants, et forçant son actionnaire, le groupe allemand Bertelsmann via sa filiale RTL Group, à modifier deux fois les statuts du groupe pour repousser la limite d'âge des dirigeants (désormais 72 ans, qu'il atteindra en 2022).

Sous sa direction, la "petite chaîne qui monte" a innové et s'est diversifiée, atteignant des niveaux de marge record à plus de 20% mais sans réussir à dépasser les 10% de part d'audience mensuelle, derrière TF1 et France 2.

"Ce qui paye, c'est la constance du pilote, totalement à l'écoute de ses actionnaires successifs", salue l'expert des médias Jean-Clément Texier. Même si au lieu de "tenter de faire émerger un puissant Bertelsmann en France, il a voulu rester dans son couloir, à défendre son cours de bourse, son dividende et ses résultats."

"Plus on dit qu'il est pingre ou grippe-sou, plus ça lui fait plaisir", relève d'ailleurs M. Texier. Nicolas de Tavernost répète depuis des années ses mises en garde contre la trop forte fragmentation du marché de la télévision, étouffé selon lui par des réglementations dépassées, qui fragilisent les acteurs français face aux Gafa et aux plateformes de streaming.

"On s'est lancé dans la création de chaînes comme s'il en pleuvait! Comme si la crise économique n'existait pas. Et comme si le marché publicitaire était extensible. Il y aura inévitablement des mouvements de consolidation brutaux. Et des morts", prévenait-il en 2012 alors que M6, déjà propriétaire de W9, lancait 6ter, l'une des six nouvelles chaînes de la TNT.

"Si le marché français ne se consolide pas à brève échéance, il sera bientôt laminé par les plateformes comme Netflix ou Amazon", prédisait-il encore le 16 février dans une interview au Figaro.

En revanche, Nicolas de Tavernost, qui a su s'associer à ses concurrents pour lancer la plateforme Salto, reste "farouchement opposé" à un démantèlement de son groupe, ce qui a pu compliquer le choix d'un acquéreur.

Car poussé par son actionnaire, M6 s'est lancé depuis quelques années dans les opérations de croissance externe, intégrant notamment les radios françaises du groupe RTL et acquérant les chaînes jeunesse du groupe Lagardère.

Et la réglementation empêche notamment de posséder plus de 7 chaînes TV hertziennes ou d'émettre pour plus de 150 millions d'auditeurs. "Nicolas de Tavernost a conduit avec Régis Ravanas (directeur général des activités audio du groupe) à un vrai rapprochement de M6 et RTL.

Une scission aurait un petit côté travail de Pénélope", estime Philippe Bailly, du cabinet NPA Conseil. "La position qu'a prise Nicolas de Tavernost peut être outrepassée par son actionnaire mais cela conduirait à une sorte de clash et l'annonce du départ de Nicolas de Tavernost serait très mal vécue en bourse", poursuit-il.

Selon lui, sa désignation à la tête du nouvel ensemble formé avec TF1 si le projet de fusion aboutit pose également une "vraie question culturelle" car il deviendrait alors "PDG du concurrent par rapport auquel il a construit son parcours depuis plus de 35 ans".

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