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Découvrez les témoignages de soignants épuisés qui sont en plein burn-out - L'alcool et les médicaments seraient même le quotidien de certains d'entre eux - VIDEO

"Moi, hospitalisée ? Mais non, ce sont les autres qui sont hospitalisés !": dans une clinique dédiée au burn-out des personnels de santé, on tente de convaincre des soignants épuisés par le Covid qu'eux aussi, ils ont le droit d'être malades.

Tout ce dont Virginie* se souvient, c'est que sa fille de 19 ans a appelé les pompiers, après l'avoir retrouvée "complètement paralysée" chez elle. "Je ne sais pas ce qui s'est passé. Paraît que j'ai fait des choses dangereuses pour moi et pour les autres", raconte à l'AFP l'aide-soignante de 48 ans.

Conduite aux urgences psychiatriques, on lui dit : "il faut vous faire hospitaliser". "J'ai répondu: Moi ? Mais non. Ce sont les autres qui sont hospitalisés !"

Ce n'est qu'après la menace d'une hospitalisation sous contrainte que Virginie acceptera finalement de rejoindre la clinique Le Gouz, à Louhans (Saône-et-Loire), qui se dit la seule en France exclusivement dédiée au burn-out des soignants.

Virginie mettait ainsi fin à de longs mois de déni qui ont bien failli lui coûter la vie.

Employée dans un Ehpad psychiatrique, elle avait contracté le Covid-19 début octobre. Au bout de sept jours, sa cheffe l'appelle: "Faut aller au travail", lui dit-elle.

"Mais j'étais en miettes", se souvient Virginie. Depuis des mois déjà, l'épuisement professionnel s'était installé "insidieusement", comme elle le réalise maintenant. "Il y avait toujours de nouvelles exigences. On nous demandait même plus si on voulait revenir travailler alors qu'on était de repos. C'était: Il le faut". Le Covid-19 sera la goutte d'eau qui fait déborder le vase. "On quittait le travail le soir en se demandant quel malade du Covid allait partir en premier. Le résident décédait, on l'emballait et c'était terminé. C'était violent", lâche Virginie, se souvenant avoir vu "neuf morts en deux jours".

Épuisée, frustrée de ne pas pouvoir faire "correctement" un travail qu'elle "aime", elle mène une "vie qui ne ressemblait à rien". "Je ne me lavais plus. Je ne sortais plus. Je ne faisais plus le ménage...".

Mais il faut tenir. Le matin, Virginie avale du tramadol (un opioïde). Le soir, de la vodka ou du whisky...

A son médecin traitant qui lui demande comment elle va, elle "ment". "Je n'ai pas osé en parler. On a honte. Un arrêt maladie, ça me faisait culpabiliser énormément : je donnais une surcharge de travail à mes collègues et je ne pouvais plus aider les patients".

Quand, finalement, la porte de sa chambre à la clinique Le Gouz se refermera sur elle, elle aura encore du mal à passer de l'autre côté de la maladie: "C'est très dur pour l'ego. Le soignant doit être infaillible".

"Être malade, c'est un échec quand on est soignant", confirme Julie*, 35 ans, à Le Gouz pour tendances suicidaires.

La jeune diététicienne en psychiatrie a elle aussi beaucoup "résisté". "Je ne voulais pas admettre, pour moi et mes patients".

"Accepter qu'on peut être alcoolique, qu'on peut avoir envie de mourir, ça ne fait pas partie du pedigree du soignant", confirme Agnès Oelsner, psychiatre de l'établissement.

"Les soignants poussent jusqu'aux limites, comme ce médecin généraliste qui ne sait pas dire non à un malade alors qu'il est 21H ou cette infirmière qui reste, après ses heures, pour aider sa remplaçante", énumère le docteur. Le Covid n'est ainsi "que la cerise sur le gâteau de la souffrance au travail", avertit-elle.

"50 % des médecins généralistes ont ou ont eu un burn-out, contre 7 % de la population. Pour les aides-soignants, c'est un tiers. Avant le Covid !", souligne le Dr Oelsner. Pourtant, la proportion des "soignants qui ne se soignent pas est largement majoritaire".

"Les soignants sont les moins bien soignés. C'est comme les cordonniers", résume Virginie.

Ainsi, même si Virginie se réjouit maintenant d'aller "mieux", c'est pour ses pairs qu'elle a peur: "J'ai des collègues dans la même situation et même plus grave, et qui continuent, avec l'alcool ou les médicaments. J'en ai vu arriver ivres au travail. Mais ils vont faire comme moi: nier."

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Vos réactions

Portrait de muzo 28
9/avril/2021 - 09h12
Gregeagle a écrit :

J'ai envie de revenir en enfance ..... il y à que la vérité qui blesse.smiley

Des blessures de vérité, pas du tout,  je n'aime seulement  pas les généralités.  On ne re fera pas le monde ensemble, c'est certain.

Portrait de Gregeagle
9/avril/2021 - 07h11
muzo 28 a écrit :

lire toutes ces douceurs après ma journée de boulot,  c'est pathétique de bêtise, d'ignorance et probablement qu'il y a un brin  de jalousie par dessus tout ça.   Bref, merci beaucoup. smiley

J'ai envie de revenir en enfance ..... il y à que la vérité qui blesse.smiley

Portrait de muzo 28
8/avril/2021 - 22h02

lire toutes ces douceurs après ma journée de boulot,  c'est pathétique de bêtise, d'ignorance et probablement qu'il y a un brin  de jalousie par dessus tout ça.   Bref, merci beaucoup. smiley

Portrait de Wouhpïnaise
8/avril/2021 - 17h02
Gregeagle a écrit :

Je l'ai déjà dit plusieurs fois je respecte les hommes et femmes en blanc mais qu ils arrêtent de se plaindre. 

La plus part des français se sont rendus au moins une fois dans un hôpital publique et on pu constater par eux-mêmes.

Café, cigarette, je papote. Et on recommence  tous la journée.

Pendant les gardes de nuits on dort dans un lit dans une chambre. 

Mais j'ai envie de leur dire de venir travailler dans le priver et il vont vite comprendre l'avantage d'être dans le publique. 

 

 

Mais oui c'est bien connu, les hospitaliers passent toute leur journée en pause clope à discuter et boire du café. Non mais qu'est ce qu'on peut lire comme âneries ! smiley

Portrait de Gregeagle
8/avril/2021 - 16h04

Je travaille dans les centres hospitalier de France donc je sais de quoi je parle.

Ils sont sous payé...oui! comme les autres métiers du privé. 

Ils risquent leurs vie oui.. comme d'autre métier du privé..

Parcontre ils ont beaucoup plus davantage que dans le privé  mais ça on en parle pas.

 

Portrait de Ninie76700
8/avril/2021 - 15h13

Les personnels de santé qui travaillent en soins intensifs ok mais ils représentent une minorité. Pour les autres il faut arrêter, la dernière fois que je suis allée aux urgences ( hôpital mono le havre montivilliers) pour une fracture du coccyx, j'ai attendu des heures debout à souffrir pendant que dans la salle des soignants en face ont rigole, drague...

Une fois la radio faite, le médecin arrive entre 2 rigolades et me dit que je n'ai rien. Je lui réponds impossible vue la douleur ! Il remet la radio sur l'ordinateur de la salle de soins (au calme sens sa cour) et me dit à oui il y a une fracture je n'avais pas vue !!!! Alors après ça, les pleindres je ne risque pas !!!

Portrait de L ' Ecume des Choses
8/avril/2021 - 12h43

des commentaires lamentables ...

Portrait de Gregeagle
8/avril/2021 - 12h25

Je l'ai déjà dit plusieurs fois je respecte les hommes et femmes en blanc mais qu ils arrêtent de se plaindre. 

La plus part des français se sont rendus au moins une fois dans un hôpital publique et on pu constater par eux-mêmes.

Café, cigarette, je papote. Et on recommence  tous la journée.

Pendant les gardes de nuits on dort dans un lit dans une chambre. 

Mais j'ai envie de leur dire de venir travailler dans le priver et il vont vite comprendre l'avantage d'être dans le publique.