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Jusqu'à quatre ans de prison, dont trois ferme, requis contre cinq gardiens du centre de détention de Val-de-Reuil (Eure), jugés en appel à Rouen pour des violences sur un détenu

Jusqu'à quatre ans de prison, dont trois ferme, ont été requis contre cinq gardiens du centre de détention de Val-de-Reuil (Eure), jugés en appel à Rouen pour des violences sur un détenu en février 2020. "L'administration pénitentiaire n'est pas un assemblage de lâcheté et de laissez-faire, même si ce dossier montre le contraire", a lancé l'avocat général Philippe Coindeau.

"L'image de tout cela, c'est que la détention à Val-de-Reuil, le 7 février 2020, c'était un espace de non droit. Le mensonge atteint toute l'institution et, au-delà, toute la République.Le métier de surveillant est un métier particulièrement dur. Si votre action est individuelle, le déni est collectif", a ajouté le magistrat. Il a requis une peine de quatre ans de prison, dont trois ferme, à l'encontre d'Erwin D., condamné à deux ans de prison dont un avec sursis par le tribunal correctionnel d'Evreux pour violence aggravée et faux et usage de faux. Dix-huit mois de prison, dont un an ferme, ont été requis contre Cédric D. Une interdiction définitive d'exercer le métier de surveillant a été requise à l'encontre de ces deux prévenus. Huit mois de prison avec sursis ont été requis contre Sylvain O. et Matthieu S. L'avocat général a également demandé d'infirmer la dispense d'inscription au casier judiciaire accordée à Frédéric K., condamné à un an dont 8 mois avec sursis et qui n'a pas fait appel au pénal.

Les faits se sont produits le 7 février 2020 quand un détenu, Lee-Bert F., signalé comme "potentiellement agressif", a refusé une fouille par palpation, portant un coup de stylo dans le menton d'un gardien. Selon le récit des surveillants, le détenu s'était débattu, avait tenté de frapper des agents et s'était cogné la tête contre le sol "dans un accès de rage". Mais Lee-Bert F. a déclaré aux enquêteurs avoir été violemment plaqué au mur après avoir refusé la palpation, puis avoir pointé son stylo "sans réfléchir" en direction du surveillant. Il a raconté que les autres surveillants s'étaient jetés sur lui, que l'un d'entre eux lui avait placé un genou sur la nuque, l'empêchant de respirer, puis qu'il avait reçu des coups de talon au visage

. Plusieurs certificats médicaux attestaient d'une occlusion complète d'une paupière, d'hématomes à chaque orbite et d'une vision trouble à un œil. L'avocat de la victime, Me Jérémy Kalfon a dénoncé à l'audience "des coups qui humilient, une volonté de faire mal, il aurait pu mourir". Les cinq prévenus, âgés de 36 à 52 ans et placés sous contrôle judiciaire, ont globalement reconnu les faits à l'audience. "De voir un collègue blessé, j'ai perdu mon sang froid. Je m'en veux. Je ne conteste pas ma culpabilité mais la peine", a déclaré Erwin D. à la barre. "Tout le monde savait pour les faux rapports. J'ai l'impression que ma hiérarchie essaye de m'enfoncer." Suspendu de ses fonctions, il cherche à se reconvertir en ambulancier. "Je suis resté sans rien dire lorsque j'ai vu les claques. Quand on dénonce, vous êtes en quarantaine, plus personne ne veut vous parler", a lâché Matthieu S., surveillant depuis 18 ans, jamais sanctionné. Me Claire-Marie Pépin, avocate de Sylvain O. a évoqué "un système général d'omerta en détention". "L'administration pénitentiaire n'a rien fait pour que cette enquête avance. Rien ne sort de l'administration pénitentiaire. Vous ne savez pas ce qui s'y passe. C'est une boite noire", a abondé Me Marc François, avocat d'Erwin D. La cour d'appel a mis a décision en délibéré au 20 avril.

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