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D'un concert de Johnny Hallyday à l'"au revoir" de Valéry Giscard d'Estaing : Plongée dans le coeur du réacteur de l'Institut national de l'audiovisuel

Par Marine PENNETIER

Paul Boulogne a encore le sourire aux lèvres quand il évoque sa "pépite" découverte par hasard, début septembre, parmi les millions d'archives radiophoniques et audiovisuelles physiques de l'Institut national de l'audiovisuel (INA). "Dans un fonds qui n'était pas inventorié, on cherchait des tests à faire sur une bande qui était en mauvais état et on a trouvé un extrait de concert de Johnny Hallyday en 1961", se souvient le responsable du tri et de l'inventaire du centre de conservation de l'INA, à Saint-Rémy L'Honoré.

Situé à quelques kilomètres de la forêt de Rambouillet (Yvelines), ce centre, qui fait figure de "musée mémoriel" de l'audiovisuel français, regorge de plus de 2,6 millions d'archives (films, cassettes, bandes-son, DVD, bandes-vidéo, disques...), dont certaines continuent de livrer leurs secrets ou de revenir sur le devant de la scène au gré de l'actualité. C'est ici, protégées par des grillages et surveillées 24h/24, que sont entre autres conservées les copies originales du célèbre "au revoir" de Valéry Giscard d'Estaing, de Maïté assommant une anguille en direct ou encore de l'échange tendu dans l'émission "Apostrophes" entre Gabriel Matzneff et la romancière canadienne Denise Bombardier, repris en boucle sur les réseaux sociaux en décembre 2019 quand ont ressurgi des accusations de pédophilie contre l'écrivain français.

Au total, plus d'une centaine de kilomètres de linéaires, méticuleusement rangés dans 14.000 m2 de "magasins", des bâtiments où la température ne doit pas dépasser 18°C - voire 12° pour certains -, sous peine de voir se dégrader ces pans de mémoire. "C'est plus de 80 années d'histoire de la radio et plus de 70 années d'histoire de la télé", souligne Christian Gomis, le directeur du site. Dans un angle, un rayon, verrouillé, attire le regard : à l'intérieur, les copies des procès de Klaus Barbie, Paul Touvier ou Maurice Papon - les originaux se trouvent aux Archives nationales - consultables uniquement sur autorisation, le double des clefs se trouvant au ministère de l'Intérieur. Si une grande majorité de ces archives ont été numérisées et, ainsi, répertoriées, l'inventaire du "fonds Gambais" - 195.000 bobines des années 1950 à 1980 - est lui toujours en cours et réserve régulièrement des surprises.

Outre le concert de Johnny, un match France-Angleterre du tournoi des Cinq nations de 1958 a ainsi été récemment retrouvé tout comme une interview "en couleur" d'Alain Delon sur l'affaire Markovic. Dans des rushs d'un documentaire sur François Mitterrand, on peut également entendre Danielle Mitterrand indiquer que son mari "aurait aimé avoir une fille", poursuit Paul Boulogne, qui précise qu'une copie de cet extrait, non retenu au montage, a été envoyé à Mazarine Pingeot. Chaque année, de nouveaux documents viennent gonfler les rayons du site, également appelé à accueillir dans les prochaines années des archives provenant entre autres de la Cinémathèque française du Fort Saint-Cyr, dans les Yvelines.

Engagée en 2000, la numérisation des archives se fait elle à plusieurs dizaines de kilomètres de là, à Bry-sur-Marne (Val-de-Marne). 20 millions d'heures de télé, de radio et de contenus web y sont stockées dans le "data center", un énorme bloc noir placé sous haute surveillance. Au-delà d'assurer la pérennité des archives, la numérisation a permis à l'INA de se détacher un peu de l'image poussiéreuse qu'on pouvait lui associer et de rajeunir son audience. Pour aller chercher la nouvelle génération, l'INA a ainsi dégainé pas moins de 38 chaînes YouTube, un compte Instagram, accru sa présence sur Twitter et lancé "Madelen", un Netflix des archives. "On essaye de montrer qu'avec des archives, on peut entrer en résonnance avec l'actualité, attirer et donner de la valeur à ces images, y compris pour des gens qui n'étaient pas nés quand elles ont été tournées", explique le président de l'INA, Laurent Vallet. "La nostalgie ne peut pas être le seul moteur. Si on est le grenier c'est bien parce que ça veut dire qu'il est rangé et qu'on retrouve nos souvenirs dedans, mais si on est juste un grenier au bout d'un moment plus personne ne montera dedans".

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