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Amazon, Alphabet (Google) et Facebook, qui ont de nouveau dégagé des profits flamboyants pendant le trimestre écoulé, veulent prouver que leurs bénéfices profitent à toute la société

Amazon, Alphabet (Google) et Facebook ont de nouveau dégagé des profits flamboyants pendant le trimestre écoulé, malgré les pressions politiques et la pandémie, mais ces milliards engrangés et ces investissements en pagaille ne plaident pas forcément en leur faveur face aux élus qui appellent à les démanteler.

Amazon, grand gagnant des mesures de confinement, a vu son chiffre d'affaires s'envoler de 37%, à plus de 96 milliards de dollars au troisième trimestre.

Peut mieux faire, a répondu Wall Street, déçu par des prévisions jugées trop timides pour la saison des fêtes : le titre du géant du commerce en ligne reculait de 1,87% jeudi lors des échanges électroniques suivant la clôture de la Bourse.

La firme de Seattle a indiqué avoir créé 400.000 emplois depuis le début de l'année dans le monde et mentionné des "projets pour investir des milliards de dollars pour aider les PME à réussir" sur sa très populaire place de marché.

Mais aux yeux de nombreux régulateurs, la plateforme abuse de son rôle de "juge et partie". Elle fait l'objet de nombreuses enquêtes sur des soupçons de pratiques anti-concurrentielles, tout comme les grandes sociétés de la Silicon Valley, Google, Apple et Facebook.

"L'ironie, c'est que les résultats robustes (...) vont mettre en lumière leur puissance surdimensionnée, et, au final, alimenter les pulsions de démantèlement à Washington", analysait récemment Daniel Ives, de Wedbush Securities.

Pas de chance donc pour Google et Facebook, les deux leaders mondiaux de la publicité numérique, qui ont aussi explosé les compteurs.

Alphabet a engrangé un chiffre d'affaires de 46,2 milliards de dollars (+14%), pour un bénéfice net de 11,2 milliards. Les marchés ont apprécié : son titre décollait de 6%.

Mais le ministère de la Justice et 11 Etats américains viennent de lancer des poursuites contre le groupe californien, accusé d'abus de position dominante. La bataille juridique s'annonce très longue.

"Nous pensons que nos produits créent des bénéfices significatifs et nous allons le faire valoir (...) Mais l'essentiel de notre énergie reste concentrée sur nos utilisateurs et la fabrication de super produits", a sobrement commenté le patron d'Alphabet, Sundar Pichai, lors d'une conférence aux analystes.

Les sociétés technologiques ont surfé sur la crise sanitaire, qui a rendu leurs services encore plus incontournables dans la vie quotidienne, mais elles rappellent à l'envi que la situation aurait été bien plus difficile sans leurs outils, en bonne partie gratuits pour le grand public.

Et l'appétit des usagers ne faiblit pas. Même si Facebook a perdu quelques utilisateurs aux Etats-Unis et au Canada cet été, par rapport au printemps, plus de 2,5 milliards de personnes se connectent chaque jour dans le monde à au moins une de ses 4 applications (Facebook, Instagram, Messenger et WhatsApp), 15% de plus qu'il y a un an.

"Environ 100 milliards de messages soient envoyés chaque jour rien que WhatsApp", s'est félicité Mark Zuckerberg, le fondateur du réseau, tout en assurant faire face à une "concurrence intense dans tous les domaines".

Le réseau social dominant a dégagé 7,85 milliards de bénéfice net (+29%), malgré un boycott en juillet de centaines de marques (dont Adidas, Levi's ou Coca-Cola), lancé par des ONG inquiètes face à la propagation d'incitations à la violence ou à la haine.

Mercredi, M. Zuckerberg et ses homologues de Twitter et Google (YouTube) ont affronté des sénateurs américains en colère contre leur pouvoir et leur influence.

A quelques jours des élections du 3 novembre aux Etats-Unis, les coups ont plu sur les dirigeants californiens, accusés aussi bien de "censure" par la droite que de laxisme par la gauche, en termes de modération des contenus.

"La semaine prochaine va être un test pour Facebook", a reconnu M. Zuckerberg jeudi, après avoir rappelé les nombreuses mesures prises pour éviter que la plateforme ne serve à nouveau à des campagnes de désinformation, comme en 2016.

Souvent attaqué aussi par les autorités sur le respect de la vie privée, il a reconnu "le besoin de nouvelles régulations sur la personnalisation des publicités", au cœur de son modèle économique.

Mais il dit aussi s'inquiéter que "certaines propositions, notamment en Europe, et des actions prévues par des entreprises comme Apple puissent avoir des effets négatifs sur les PME et la reprise économique en 2021".

Son voisin californien veut en effet limiter le ciblage publicitaire et renforcer le consentement actif des utilisateurs.

De quoi s'attirer, peut-être, les bonnes grâces des régulateurs. Mais pour Wall Street, ce sont les ventes d'iPhone qui comptent... Or elles n'ont atteint que 26,4 milliards de dollars cet été, en baisse de plus de 20% sur un an. L'action de la marque à la pomme reculait de plus de 4%.

Apple a en outre vu son chiffre d'affaires reculer de près de 30% en rythme annuel en Chine élargie (qui comprend Hong Kong et Taïwan), l'un des marchés cruciaux pour l'entreprise.

Mais "les premières réactions à nos tout nouveaux produits sont incroyablement positives", a tenté de rassurer le patron Tim Cook, au sujet des iPhone 12 avec la 5G lancés en octobre.

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