21/09 16:01

Zarie Sibony, une des deux caissières de l'Hyper Cacher, va raconter demain à la barre la glaçante prise d'otages: "C'était les quatre heures les plus horribles de toute ma vie"

"C'était les quatre heures les plus horribles de toute ma vie". Zarie Sibony, une des deux caissières de l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes, viendra raconter mardi à la barre des assises de Paris la glaçante prise d'otages dont elle a réchappé il y a plus de cinq ans.

La jeune femme "a failli ne pas venir": d'Israël où elle réside désormais, elle a attendu les résultats d'un test de dépistage du Covid, raté son premier avion, puis fini par trouver un autre vol pour Paris, raconte-t-elle à l'AFP lors d'un entretien en fin de semaine dernière.

Zarie Sibony, 28 ans, est l'une des rares survivantes de confession juive à déposer au procès des attentats de janvier 2015.

Une "étape très importante" pour la jeune femme, qui veut y "représenter la voix" de François-Michel Saada, Philippe Braham, Yohan Cohen et Yoav Hattab, les quatre personnes décédées sous les balles du preneur d'otages jihadiste Amédy Coulibaly.

"Enfermée avec un fou pendant quatre heures et quatre minutes", ce vendredi 9 janvier, elle a longtemps eu en tête "les bruits des détonations, les images des corps, l'odeur de la poudre, du sang coagulé". Maintenant, elle assure aller "beaucoup mieux".

Elle n'hésite par à décrire le déroulé de cet après-midi terrible, dans le magasin où elle travaillait en CDD dans "une ambiance sympa" depuis plusieurs mois.

Vers 13h15, "une première détonation, des gens qui courent". "Une autre détonation", un client qui s'effondre. Tapie sous sa caisse, elle se remémore le premier face-à-face avec le jihadiste, "deux kalachnikovs dans chaque main", et sa phrase: "ah, t'es pas encore morte !"

Il ouvre le feu, la balle la frôle. "Je ne comprends toujours pas comment il m'a ratée", témoigne-t-elle.

Zarie Sibony décrit aujourd'hui Amédy Coulibaly comme un homme "très musclé", qui "savait se servir de ses armes", à la "nonchalance" choquante.

"Je lui ai demandé +vous voulez l'argent des caisses ?+. Il a rigolé. +Tu as vraiment cru que j'étais venu pour de l'argent ?+", se souvient-elle.

"Il m'a expliqué que les frères Kouachi et lui faisaient partie d'une même équipe, qu'ils s'étaient scindés en deux, eux étaient responsables de Charlie Hebdo, lui de la police et de nous. J'ai bien compris qu'il en avait après nous parce qu'on était juifs et français".

"Il a aussi expliqué +je suis venu venger le prophète Mahomet et je suis venu pour mourir en martyr+", dit-elle.

Parmi la vingtaine d'otages retenus à côté d'elle, la vendeuse sera quasiment sa seule interlocutrice. Sous la menace, il lui demande plusieurs fois de descendre chercher les clients réfugiés au sous-sol. De bloquer la porte de secours. De fermer le rideau du magasin. "Je me suis dis que je nous enterrais tous vivants".

A son grand désarroi, elle ne parviendra pas à dissuader un client de rentrer. L'issue pour lui sera fatale.

Longs cheveux noirs, grand sourire triste, Zarie Sibony ne peut réprimer ses larmes en évoquant les gémissements et les trois heures d'agonie de son collègue Yohan, blessé.

Le preneur d'otages leur demande "est-ce que vous voulez que je l'achève ? Parce que ses bruits me dérangent". "On a dit +non, non, laissez-le tranquille+. Après je m'en suis énormément voulue, peut-être qu'on aurait dû mettre fin à ses souffrances".

Puis c'est le dénouement: l'assaut des forces de l'ordre, "les tirs" dans tous les sens, les "otages à plat ventre" et enfin le rideau qui remonte, mais si lentement !

Sa vie maintenant est en Israël, où elle est puéricultrice et vient d'obtenir un diplôme d'infirmière, dont elle se dit "très fière".

Faire son "aliyah", elle y pensait, avant. Zarie Sibony, qui se décrit comme une "fille religieuse de base" avait "l'habitude", dans sa banlieue parisienne, de "se faire traiter de sale juive", de se faire "cracher dessus".

Elle a franchi le pas il y a un an. Et ne s'est "jamais autant sentie en sécurité que là-bas". "Ils sont plus aptes à me comprendre, moi qui ait aussi vécu un acte terroriste".

La jeune femme appréhende son témoignage mardi. Y verra-t-elle les familles des victimes décédées ? "Je me sens tellement coupable de me dire que je suis restée là-bas quatre heures et que je vais bien", quand d'autres ont été abattus au bout de deux minutes...

Dans ses moments d'angoisse trotte aussi dans sa tête "l'option que ça peut se reproduire". "Et que cette fois-ci, je ne sortirai pas vivante".

Ailleurs sur le web

Vos réactions

Portrait de Nini6
21/septembre/2020 - 20h36 - depuis l'application mobile

Cette jeune fille a bcp de courage. Bravo à elle d’honorer la mémoire des personnes décédées injustement et tuées froidement car juives.
Je lui souhaite une belle et heureuse vie en Israël

Portrait de bengalister
21/septembre/2020 - 19h43

Elle a du courage de venir témoigner et revenir en France surtout en cette période ou tout voyage est compliqué. Surement une façon pour elle de tourner la page.

Portrait de bengalister
21/septembre/2020 - 19h40

Commentaires abjectes sur Twitter entre ZinZin-soumis antisémites, islamistes ou mauvais plaisantins sur l'holocauste, ça fait froid dans le dos sur le vivre ensemble. 0 empathie pour rester correct pour certains.