
Ce matin, Jean-Marc Morandini présentait une nouvelle édition spéciale de "Morandini Live" en direct sur CNews et Non Stop People consacrée au coronavirus. Au cours de l'émission, le Professeur Djillali Annane, chef du service réanimation de l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches, et le Docteur Jean-Michel Cohen ont évoqué la situation dans les hôpitaux français.
"Les soignants ont vécu la crise sanitaire par un prisme très différent de celui du reste de la population. (...) On a été malgré nous les acteurs de la gestion de pénurie d'équipements de protection individuel. On a été en tant que soignants embêtés par les incertitudes ou les contradictions dans les recommandations qui pouvaient être faites un moment ou un autre. On a été parfois déboussolés par certaines lenteurs de réactivité. Au pire moment de la crise, il y avait une très forte tension sur les équipements de protections individuelles", débute le Professeur Djillali Annane.
Et d'ajouter : "Ça me fait penser - à tort ou à raison - à ces ouvriers de l'industrie nucléaire à Tchernobyl qu'on a envoyé en leur faisant croire qu'ils étaient correctement protégés par les équipements portés tout en sachant que ce n'était pas le cas. Ca fait un peu penser à ça. Désolé si ça permet démesuré comme comparaison. Le risque mortel était bien présent pour un certain nombre de soignant. L'état d'esprit des soignants est un état d'esprit de fatigue (...) vient un peu masquer le sentiment de satisfaction. Il y a une très grande inquiétude qui commence à monter très très vite. On se dit que dans l'état dans lequel on est aujourd'hui, (...) si jamais il y a un soubresaut, on n'est pas absolument certain de faire face. On se dit : pourquoi on ne s'y prépare pas. C'est maintenant qu'il faut revoir à la hausse les effectifs. Tout est une question de réactivité".
De son côté, la spécialiste en communication Anne Mazoyer indique "[qu']il y a eu beaucoup d'amateurisme". "La porte-parole du gouvernement n'a pas été au niveau en terme de communication. Quand vous êtes porte-parole vous transmettez des informations, qui ne doivent pas devenir de la propagande. Un moment donné, c'est devenu de la propagande", déclare-t-elle en précisant "[qu']on ne gère pas une crise sociale de la même manière qu'on gère une entreprise".
Face à la situation dans l'hôpital public, le Professeur Djillali Annane affirme qu'un certain nombre de soignants sont partis "soit pour mener une activité libérale ou changer de métier". "Les conditions de travail dans l'hôpital public se sont terriblement détériorés ces dix dernières années. C'est un hôpital malade qui a affronté la crise sanitaire. Si rien n'est fait sur l'hôpital aujourd'hui, demain c'est un hôpital mort que l'on va trouver. Les soignants qui se sont mobilisés de façon exceptionnel si, au moment de ce creux d'activité, les messages qui leur sont envoyés c'est 'vous aurez bientôt une prime et on va vous épingler une magnifique médaille', alors l'hôpital va mourir parce que tout le monde va partir", continue le médecin.
Pour lui, l'histoire de la médaille de l'engagement "est une fausse bonne idée". "Pourquoi ne pas faire du 16 mars la journée nationale des soignants. Une façon pour la nation de les reconnaitre. Chaque année, on se souviendra", précise-t-il.
Pour sa part, Jean-Michel Cohen estime, lui aussi, que "c'est une mauvaise idée". "On ne voit pas quels sont les critères d’attribution. Le plus méritant, c'est qui ? Celui qui a sorti le plus de gens de la maladie, celui qui a travaillé le plus dur ? L'affaire de la médaille, elle ne sert à rien. Par contre, l'affaire des primes a du sens", indique-t-il.
Et de conclure : "Il va falloir dater et poser le problème pour savoir à quel moment ça a commencé à déraper. Je pense que ça a dérapé pendant la période 2012 à 2017 (...) Il y a un plan hôpital qu'on nous promet depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron au pouvoir. Il n'a pas encore vu le jour. Il faudrait qu'il voit le jour".
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