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Après des mois de tension, les coactionnaires du Monde Matthieu Pigasse et Xavier Niel ont fait la paix en gravant dans le marbre le droit d'agrément

Après des mois de tension et une semaine mouvementée, les coactionnaires du Monde Matthieu Pigasse et Xavier Niel ont fait la paix en gravant dans le marbre le droit d'agrément demandé par le Pôle d'indépendance du journal, et en mettant à l'étude le projet de fondation proposé par M. Niel pour pérenniser l'indépendance du quotidien.

La bonne nouvelle pour les salariés du Monde est tombée dans la soirée, sous la forme d'un message qui leur a été adressé par le Pôle d'indépendance, structure rassemblant les sociétés des personnels, la société des lecteurs et les actionnaires minoritaires du groupe de presse. Dans ce texte, les représentants du Pôle ont rapporté que lors d'une réunion lundi soir, Xavier Niel et Matthieu Pigasse avaient "réaffirmé leur engagement de conforter et renforcer l'indépendance éditoriale du groupe à travers le droit d'agrément et la réflexion sur la création d'une fondation".

"Ils ont ensuite signé avec le Pôle d'indépendance un document établissant irrévocablement les termes et conditions du droit d'agrément, qui devient donc effectif à compter de ce jour", a rapporté le Pôle d'indépendance, se réjouissant de cette issue positive pour l'avenir du quotidien.

Ce nouveau développement vient clore une séquence particulièrement mouvementée entre le Monde et ses actionnaires principaux, MM. Pigasse et Niel, qui menaçait de se transformer en un duel entre ces deux hommes d'affaires. Jeudi, M. Pigasse avait cédé aux demandes de la rédaction du journal, qui réclamait l'obtention d'un droit d'agrément, c'est-à-dire une sorte de droit de regard sur l'évolution du capital du quotidien.

Ce droit était en discussions depuis un an, et avait été exigé par le Pôle après la cession de 49% des parts de M. Pigasse dans Le Monde au milliardaire tchèque Daniel Kretinsky. Cette irruption surprise de M. Kretinsky au sein du capital du Monde l'an dernier avait suscité des inquiétudes au sein du journal, beaucoup craignant que le milliardaire ne cherche à prendre le contrôle du Monde en rachetant ultérieurement le reste de la participation de M. Pigasse.

M. Pigasse avait annoncé jeudi avoir "signé" un accord portant sur ce droit d'agrément, mais, selon le Pôle d'indépendance, dans des termes différents de ceux acceptés par M. Niel. En outre, M. Pigasse avait proposé à M. Niel de racheter à égalité la participation du groupe espagnol Prisa dans le Monde, afin de maintenir leurs parts dans le journal au même niveau. Mais M. Niel avait ensuite renchéri avec des propositions plus radicales pour assurer l'avenir du quotidien, consistant à racheter les parts de Prisa pour les offrir au Pôle d'indépendance, et il avait en outre suggéré de transférer ses parts et celles de M. Pigasse dans une fondation pour préserver l'indépendance du capital du Monde.

Des annonces qui sonnaient comme une provocation vis-à-vis de M. Pigasse, lequel s'est endetté afin d'investir dans le Monde et qui ne dispose pas des mêmes moyens financiers que le trublion des télécoms. Or, dans un entretien en commun à paraître mardi dans le Figaro, les deux hommes d'affaires ont confirmé avoir trouvé un terrain d'entente et surmonté leurs "incompréhensions", et ce, pour le bien du Monde: ils vont bel et bien réfléchir "ensemble" à la création d'une fondation "dans laquelle nous apporterions 100% de nos participations", d'après Xavier Niel, et ce pour "renforcer et pérenniser l'indépendance du groupe".

"Nous souhaitons tous les deux tourner la page des épisodes récents", a assuré M. Pigasse dans cet entretien croisé au Figaro. Cependant, le fondateur de Free reconnaît que ce projet "ne va pas être facile", compte tenu notamment "des moyens financiers différents des deux parties". "Nous n'avons pas de calendrier", a-t-il précisé, assurant ne pas vouloir précipiter les choses.

De son côté, le banquier d'affaires a assuré que son allié M. Kretinsky "soutient activement cet accord auquel il a pleinement participé ainsi que nos discussions". Quand aux tensions avec la rédaction du Monde, sans précédent depuis la recapitalisation du journal en 2010 par le trio Bergé/Niel/Pigasse, il s'agissait d'une "crise classique dans un couple", et dont l'issue s'avère très favorable aux journalistes du quotidien, puisqu'ils ont obtenu le droit d'agrément, a commenté M. Niel.

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