05/09/2018 11:30

Lors de son procès en appel, le "tireur de Libé" Abdelhakim Dekhar jure n'avoir "jamais voulu tuer"

Abdelhakim Dekhar, le tireur qui avait grièvement blessé un assistant photographe de Libération en 2013 lors d'un périple armé dans Paris, a juré mardi n'avoir "jamais voulu tuer" et s'est présenté en "looser" lors de son procès en appel. "Je n'ai jamais voulu tuer ou heurter qui que ce soit", a assuré l'accusé au premier jour de son procès devant la cour d'assises de l'Essonne. Condamné à 25 ans de réclusion criminelle fin 2017, il espère voir sa peine réduite en appel, selon ses avocats. La cavalcade du "tireur de Libé" en novembre 2013 avait semé l'angoisse dans Paris et ses alentours.

Armé d'un fusil à pompe, il était apparu à BFMTV, où il avait menacé des journalistes. Puis au siège de Libération, où il avait tiré sur un assistant photographe. Il avait enfin tiré sur un immeuble de la Société Générale à La Défense, avant de prendre en otage un automobiliste et de le forcer à le conduire sur les Champs-Elysées. Mardi, l'accusé est apparu vouté dans le box, les yeux rivés vers le sol. Regard fuyant, il a répondu aux questions d'une voix faible et a repris la thèse d'un "suicide scénarisé", déjà évoquée en première instance. Les policiers l'avaient retrouvé dans une voiture à demi-conscient, entouré de médicaments. "La raison pour ce que j'ai fait, qui est inqualifiable, impardonnable, est d'ordre privé, personnel. J'étais vraiment pas bien", s'est-il justifié, en évoquant la séparation d'avec sa compagne et la douleur de ne plus voir ses deux enfants.

Des explications radicalement différentes de celles données pendant l'enquête. Devant le juge d'instruction, le tireur avait évoqué un "combat politique" pour le compte d'un groupuscule qu'il refusait de nommer. "Pour donner une explication là où il n'y a pas d'explication, je me suis réfugié dans une posture délirante", a repris l'accusé. En 1998, Abdelhakim Dekhar avait écopé de quatre ans de prison pour "association de malfaiteurs": il a été reconnu coupable d'avoir fourni une arme à un couple proche de l'ultragauche, Florence Rey et Audry Maupin, auteurs d'une équipée meurtrière dans Paris qui avait fait quatre morts, dont trois policiers. En première instance, il s'était plusieurs fois emporté en parlant politique: membre d'une fratrie algérienne de 11 enfants, il avait évoqué la colonisation de l'Algérie, la crise de la sidérurgie dans l'est de la France, où il a grandi, les banlieues, etc.

Cette fois, l'accusé a évité le sujet. La cour a examiné sa personnalité. Celle d'un homme brouillé avec une grande partie de sa famille, que certains frères accusent d'avoir frappé ses parents, "menteur" et violent avec sa compagne. "Un looser doublé d'un lâche. (...) Il n'a qu'une seule Eglise, lui-même", selon l'audition d'une de ses soeurs, lue par le président. "J'ai eu des embûches et la dernière m'a amené en prison. Oui, vous pouvez me qualifier de looser", a acquiescé l'accusé. "Ca l'a amusé de prendre une arme et de faire peur aux autres", a remarqué la psychologue chargée de l'examiner, en décrivant un homme "égocentrique". Le verdict est attendu le 13 septembre.

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