29/06/2015 12:01

Attentats: Pour le chroniqueur de "Charlie Hebdo" Philippe Lançon parler de "guerre de civilisation" n'est pas "pertinent"

Le journaliste Philippe Lançon, rescapé de l'attaque meurtrière du 7 janvier contre Charlie Hebdo, et toujours hospitalisé, estime que parler de "guerre de civilisation" aux sujet des attentats, comme l'a fait Manuels Valls dimanche, "n'est pas pertinent".
"Ce n'est pas pertinent, surtout quand on est dans une situation aussi violente et complexe qu'aujourd'hui et où il est, à l'évidence, beaucoup trop tôt pour comprendre ce qui est en train de se jouer, les motivations des gens qui passent à l'acte", a déclaré Philippe Lançon, depuis sa chambre d'hôpital,
dans un entretien à France Inter.
"Le tri n'a pas été fait et donc tous les grands mots, toutes les déclarations ou les livres à l'emporte-pièce qu'on peut lire en ce moment me paraissent au minimum déplacés", a déclaré le journaliste qui a eu la mâchoire arrachée lors de l'attaque et subi, depuis, treize interventions chirurgicales.
Le Premier ministre, Manuel Valls, a utilisé pour la première fois, dimanche, l'expression controversée de "guerre de civilisation" face au "terrorisme" islamiste après les attentats sanglants de vendredi en France, en Tunisie et au Koweït.   Philippe Lançon, qui est chroniqueur à Charlie Hebdo, a dit ne pas encore
pourvoir "penser la scène des deux frères Kouachi faisant irruption dans les locaux du journal satirique "comme quelque chose de sérieux".
"Bien sûr je le vois comme une tragédie pour mes amis, pour moi mais en même temps il reste quelque chose qui est de l'ordre du comique, d'horriblement comique dans ces deux tueurs qui viennent là et qui assassinent des dessinateurs qui étaient des artistes, qui viennent en finir avec le rire avec une forme de liberté extrêmement grande que nous avions".
Le journaliste se montre aussi très critique envers l'historien et sociologue Emmanuel Todd qui avait remis en cause l'esprit du 7 janvier et la mobilisation ayant suivi le drame.
"Quand j'ai lu les entretiens qu'il a donnés dans L'Obs et dans Libération, j'ai vu un corbeau, les corbeaux qui se déposent sur les champs de cadavres
une fois que la bataille a eu lieu".
 "Ce qui m'a le plus agacé, c'est le mépris que je sentais pour les gens qui avaient été, je crois pour la plupart, sincèrement horrifiés par cet
événement", a déclaré Philippe Lançon.
Le journaliste dit aussi avoir vu dans les propos d'Emmanuel Todd "une prime à la pensée pour la violence, une sorte de justification sous-jacente à l'acte qui avait été commis en faisant des frères Kouachi les représentants d'un peuple, d'une population ou d'une communauté opprimée. Et ça, je ne peux
pas l'admettre", a-t-il dit.

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