12/09/2014 09:36

Des catholiques traditionalistes poursuivent France 2 après un reportage en caméra cachée dans l'émission des "Infiltrés"

Des journalistes et des catholiques traditionalistes se sont affrontés jeudi devant le tribunal correctionnel de Paris lors d'un procès où les seconds poursuivent en diffamation les premiers à propos d'une émission des "Infiltrés", en caméra cachée intitulée "A l'extrême droite du Père".

Le reportage diffusé par France 2 en avril 2010 et produit par l'agence Capa montre un groupuscule d'extrême droite, Dies Irae, dirigé par un ancien militant du Front national, et fait un lien avec le milieu catholique traditionaliste, représenté à Bordeaux par l'Institut du Bon pasteur, dirigé par l'abbé Philippe Laguérie, ancien curé de l'église intégriste Saint-Nicolas du Chardonnet à Paris.

"Fier" de cette émission, son présentateur David Pujadas a expliqué à la barre que le procédé permettait de "faire la différence entre le discours officiel et la réalité des faits", pour "rendre compte d'une réalité qui est cachée". Pour le journaliste, cette émission a "une utilité publique". "L'infiltration est quasi aussi ancienne que le journalisme", a-t-il poursuivi, citant en exemple Albert Londres, dans des "cas exceptionnels, la fin justifie les moyens".

Dénoncer ce que montre ce reportage "fait partie de mon devoir de journaliste", "de citoyen", a renchéri le fondateur de l'agence Capa, Hervé Chabalier.

Le rédacteur en chef et le journaliste "infiltré" ont tous deux évoqué les menaces de mort dont ils ont fait l'objet après l'émission.

Dans l'esprit des enfants de l'école privée Saint-Projet à Bordeaux que l'on voit tenir des propos haineux, "le fascisme, c'est fun", a expliqué le journaliste. "Ca m'a pris aux tripes", a-t-il poursuivi, évoquant un climat "détestable, effrayant".

En soutane, l'abbé Laguérie a accusé le journaliste d'"amalgame", de mensonge, mensonge. "Je sais qu'il peut faire beaucoup de mal et qu'il y a au moins une loi qui l'interdit", a-t-il ajouté. Il a assuré qu'il ne connaissait rien de Dies Irae avant l'émission.

Reconnaissant un "lien moral" avec l'école, il a expliqué qu'il ne l'avait pas fondée, condamnant "fermement" les propos antisémites tenus dans les couloirs de l'établissement. "Testis unus testis nullus", "un témoin unique est un témoin qui vaut zéro", a poursuivi le religieux, s'en prenant au journaliste.

Yannick Vella, curé de Saint-Eloi, à dénoncé une "émission fâcheuse qui a semé la haine" et la provoque à l'égard des catholiques traditionalistes. "Crachats, insultes, menaces de mort, menaces de coups", "ce que nous avons subi est indescriptible", a-t-il poursuivi.

"On ne peut pas justifier tout", a estimé l'un des avocats des parties civiles, Me Jérôme Triomphe "la validation de la déloyauté, il faut résister à cela".

Plaidant la relaxe, l'avocat des journalistes, Me William Bourdon, s'en est pris à la "posture théâtrale, pathétique" des religieux à l'audience. Pour l'avocat, "ceux qui ont le plus de choses à se reprocher se victimisent le plus".

Le jugement a été mis en délibéré au 16 octobre.

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Vos réactions

Portrait de wamport
12/septembre/2014 - 11h20

Pujadas prêt à tout pour faire de l'audimat. "La fin justifie les moyens"... depuis quand les journalistes s'établissent en juges de moralité ? peut être devrait-il balayer devant la porte de France 2 qui doit être très certainement loin du monde des bisounours!