francis renaud L'intelligence artificielle devient un refuge pour les jeunes victimes de harcèlement : un mineur sur quatre concerné par ces violences se tourne désormais vers un chatbot pour obtenir conseils et réconfort, selon une étude. Réalisé par l'association e-Enfance auprès de 1.612 binômes parents-enfants âgés de 6 à 18 ans, ce baromètre révèle une transformation profonde de la manière dont les adolescents cherchent de l'aide.
Parmi les victimes ayant sollicité l'intelligence artificielle, 83 % estiment qu'elle a contribué à réduire ou résoudre leurs difficultés. Mais ce résultat traduit surtout « une forme de réconfort et d'apaisement très momentané », prévient Samuel Comblez, psychologue et directeur général adjoint de l'association e-Enfance.
L'un des principaux attraits de ces outils réside dans la possibilité de parler librement, sans craindre le jugement d'un adulte ou les réactions de son entourage. « L'avantage, c'est qu'on peut tout lui dire », résume le témoignage d'un jeune utilisateur recueilli dans le cadre de cette enquête.
Cette nouvelle habitude inquiète les spécialistes : seuls 56 % des jeunes victimes ayant consulté une IA se confient également à leurs parents, contre 75 % parmi les autres victimes. L'étude révèle par ailleurs que 32 % des enfants interrogés déclarent avoir déjà subi une situation de harcèlement ou de cyberharcèlement.
L'école demeure le principal lieu de ces violences, cité par 79 % des victimes, mais les humiliations se prolongent désormais sur les réseaux sociaux et les messageries. Les jeux vidéo en ligne constituent également un terrain préoccupant, représentant 28 % des canaux de cyberharcèlement signalés, derrière les réseaux sociaux (34 %).
Plus inquiétant encore, 31 % des victimes de cyberharcèlement déclarent avoir été visées par des contenus humiliants fabriqués grâce à l'intelligence artificielle, notamment des images truquées. « Ce qui nous interroge, c'est surtout que les enfants ont besoin de cette technologie pour parler », souligne Samuel Comblez, pointant les difficultés persistantes du dialogue avec les adultes.
Le phénomène dépasse les frontières françaises : une étude australienne publiée en juillet révélait déjà que certains adolescents victimes de violences numériques se confiaient davantage aux chatbots qu'aux autorités. Pour les associations de protection de l'enfance, l'intelligence artificielle peut constituer une première porte d'entrée vers la parole, mais ne saurait remplacer l'accompagnement humain et professionnel.
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