céline pigalle Le procès de deux anciens dirigeants de Frichti s’est ouvert hier à Paris pour travail dissimulé et emploi illégal de travailleurs étrangers, sur fond de remise en cause du modèle de l’autoentrepreneuriat dans la livraison. L’ex-présidente Julia Bijaoui et l’ancien directeur général Quentin Vacher comparaissent avec l’ancienne société devant la 31e chambre du tribunal correctionnel jusqu’au 18 septembre.
La justice leur reproche d’avoir eu recours, entre 2015 et 2021, à des livreurs présentés comme indépendants alors qu’ils auraient en réalité travaillé dans des conditions caractéristiques du salariat. Selon l’enquête, les coursiers ne choisissaient ni leurs clients ni leurs tarifs et ne pouvaient pas organiser librement leurs parcours de livraison.
Les investigations évoquent ainsi l’existence d’un lien de subordination, élément central pour déterminer si ces travailleurs auraient dû bénéficier d’un contrat de travail. Les anciens dirigeants sont également poursuivis pour avoir fait travailler des étrangers qui ne disposaient pas d’une autorisation de travail en France.
Plus de 200 anciens livreurs se sont constitués parties civiles, dont environ deux tiers seraient en situation irrégulière selon leur avocat. Certains dénoncent un système de classement par niveaux et points, une surveillance dans les « hubs » et le transport de charges pouvant atteindre une vingtaine de kilos.
En 2022, l’Urssaf avait évalué à près de trois millions d’euros le montant des cotisations et contributions sociales qui auraient été éludées pour les seules années 2019 et 2020. Les prévenus contestent les infractions et assurent que le modèle de Frichti ne peut pas être assimilé à celui d’une plateforme classique de livraison comme Deliveroo.
Leurs avocats soulignent notamment que la livraison ne représentait qu’environ 5 % du chiffre d’affaires et que l’entreprise employait parallèlement quelque 400 salariés, notamment dans ses cuisines. Ils font également valoir que plusieurs contrôles de l’inspection du travail réalisés entre 2015 et 2021 n’avaient pas conduit à signaler d’infraction de cette nature.
L’affaire arrive devant le tribunal après une première victoire judiciaire de plusieurs anciens coursiers : en novembre 2025, cinq d’entre eux ont obtenu aux prud’hommes la requalification de leur relation de travail en CDI à temps plein.
Le dossier Frichti s’inscrit dans une bataille judiciaire plus large autour du statut des travailleurs des plateformes, après les condamnations pénales de Deliveroo et Take Eat Easy pour travail dissimulé.
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