chaleur Un procès pour escroquerie en bande organisée a été requis contre l'ex-patron de l'UDI Jean-Christophe Lagarde, son ancien chauffeur et un ex-policier, accusés d'avoir fait diffuser une fausse information sur Raquel Garrido, alors son adversaire LFI aux élections législatives de 2022.
L'article avait été publié par l'hebdomadaire Le Point après le second tour des législatives. Le journaliste Aziz Zemouri y mettait en cause Raquel Garrido et son mari Alexis Corbière, accusés d'exploiter une femme de ménage sans papiers.
Dès le lendemain, le journal avait retiré l'article et admis publiquement son caractère "faux" et "mensonger". Le couple avait porté plainte, mais aussi M. Zemouri, qui avait quitté l'hebdomadaire après cette affaire et présenté ses excuses, estimant avoir été manipulé par une source. Une information judiciaire était ouverte à Paris en septembre 2022.
En avril dernier, le parquet a requis un procès en correctionnelle, essentiellement pour escroquerie en bande organisée et recel de biens provenant d'un vol, a appris l'AFP de source proche du dossier.
Il a estimé que M. Lagarde, son ex-chauffeur et l'ancien policier avaient "participé, selon un rôle propre mais complémentaire, à une opération frauduleuse d'ensemble", d'après ses réquisitions dont l'AFP a eu connaissance lundi.
"Ce réquisitoire est la suite logique de la plainte déposée par mon client", a relevé David-Olivier Kaminski, avocat d'Aziz Zemouri. Mme Garrido et M. Corbière, aujourd'hui ex-Insoumis, ont de leur côté salué, par la voix de leur avocat, un réquisitoire qui "confirme" leurs soupçons "sur la participation de Jean-Christophe Lagarde à cette escroquerie politique".
L'enquête "a mis à jour des manières de faire de la politique qui sont d'un autre âge et qui seront à coup sûr sanctionnées par le tribunal", a avancé Me Xavier Sauvignet.
Premier protagoniste: l'ancien chauffeur de M. Lagarde, Rudy S. Il lui est reproché d'avoir été "à l'origine du scénario fictif", en "fabriquant" des éléments (échanges WhatsApp, captures d'écran, etc.).
Outre l'escroquerie et le recel, le parquet demande aussi à son encontre un procès pour faux, usage de faux, usurpation d'identité. Ses avocats n'étaient pas joignables dans l'immédiat. Deuxième, et central, suspect: M. Lagarde, autour duquel le parquet distingue "un faisceau d'indices concordants".
Dont la parole de son chauffeur, qui assure avoir été sous "pression constante" pour "trouver des éléments compromettants sur des opposants politiques" - même si M. Lagarde ne lui aurait "jamais explicitement ordonné de monter une fausse affaire", selon ses propos rapportés par le parquet. En novembre 2024, M. Lagarde s'était défendu.
Aux juges d'instruction, il avait décrit son ancien chauffeur comme un "pauvre gars" qui aurait orchestré la manigance en dupant son employeur. Toutefois, pour le ministère public, "l'élément intentionnel" de M. Lagarde "peut être déduit du contexte et de la finalité poursuivie, les éléments du dossier démontrant que l'objectif était de diffuser une information susceptible de nuire à une adversaire politique, dans un contexte électoral particulier".
"Ce dossier ne fait absolument pas la démonstration d'une quelconque intention ou responsabilité de M. Lagarde", a rétorqué lundi auprès de l'AFP son avocat Gérard Zbili. L'ancien député, figure de la droite en Seine-Saint-Denis, a retrouvé son siège de maire de Drancy en mars après sa victoire dès le premier tour des municipales.
Troisième acteur clef: Noam Bouhadjela, dit Anouar. Cet ancien policier, devenu chroniqueur de presse, était un contact du journaliste Aziz Zemouri.
Selon le parquet, l'homme a reconnu avoir été "sollicité par Jean-Christophe Lagarde afin de servir d'intermédiaire avec un journaliste, dans le but de diffuser une information visant à déstabiliser une adversaire politique". Et ce alors que M. Bouhadjela "commençait à douter de la véracité" des documents, "ce qui exclut toute bonne foi" de sa part, selon l'interprétation du ministère public. Une analyse non partagée par sa défense.
"Mon client conteste fermement les faits reprochés", a répondu à l'AFP son avocat, Pierre-Henri Baert. "Il a donné des informations à un journaliste, en lui demandant de faire des investigations.
M. Zemmouri a fait des investigations qui auraient dû lui permettre d'identifier le caractère incertain de l'information. Il a pourtant choisi de publier", a déploré l'avocat, voyant dans la procédure pénale "un contre-feu allumé par M. Zemouri pour tenter de minimiser sa responsabilité". M. Zemouri a été condamné en mai 2025 pour diffamation par le tribunal correctionnel de Paris à 4.000 euros d'amende.
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