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Un flot de contenus générés par intelligence artificielle sur la capture par les Etats-Unis du dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro a inondé les réseaux sociaux, brouillant la frontière entre fiction et réalité

Par Javier TOVAR, Paula RAMON

Des mèmes se voulant humoristiques aux publications clairement trompeuses à des fins de propagande, un flot de contenus générés par intelligence artificielle sur la capture par les Etats-Unis du dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro a inondé les réseaux sociaux, brouillant la frontière entre fiction et réalité.

"Je me considère comme un prisonnier de guerre", lance le président déchu vénézuélien devant le tribunal dans un clip IA qui fait revivre l'audience de Maduro devant le tribunal new-yorkais. Dans un autre, un Maduro généré par intelligence artificielle (IA) tente de s'évader d'une prison américaine par un conduit d'aération, pour se retrouver ensuite dans une salle d'audience avec le président américain Donald Trump, où ils dansent avec un juge et un agent du FBI.

Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores ont été capturés au coeur de Caracas au terme d'une spectaculaire opération militaire américaine. Emprisonnés à New York, ils sont accusés de trafic de drogue. Si certains au Venezuela ont célébré la destitution de Maduro, le pouvoir vénézuélien tente de présenter sa chute comme une agression américaine contre un pays souverain. 

L'IA permet de générer rapidement des animations et caricatures, ce qui favorise le développement de "laboratoires de désinformation" inondant les réseaux sociaux, explique Leon Hernandez, chercheur à l'Université catholique Andrés Bello à Caracas. "Il y a eu des éléments qui ont circulé qui n'étaient pas réels durant la capture (de Maduro), et des éléments qui ont circulé qui étaient réels mais ont suscité le doute", dit M. Hernandez à l'AFP.

"C'était l'idée : créer de la confusion et générer du scepticisme en se basant sur la distorsion de certains éléments" réels, relève-t-il. Avec pour objectif ultime, que ces contenus submergent le public et créent des narratifs sur les évènements. La chaîne VTV a diffusé une vidéo dans laquelle un enfant écrit dans son journal l'histoire de Maduro, histoire illustrée au fur et mesure par l'IA.

"L'IA est devenue le nouvel instrument de pouvoir des autocrates pour confondre, combattre et réduire au silence la dissidence", estime Elena Block, professeure de communication politique et de stratégie à l'Université du Queensland, en Australie. 

"Avec la censure et la disparition ou l'affaiblissement des médias d'information, les réseaux sociaux se sont imposés comme l'un des seuls espaces d'information", relève Mme Block. Les régimes autoritaires n'ont toutefois pas attendu l'essor de l'IA pour faire de la propagande.

Avant son arrestation, Maduro était représenté en super-héros "Super Bigote" ("Super Moustache") dans un dessin animé, vêtu d'un costume à la Superman et combattant des monstres "extrémistes".

Comme son prédécesseur et mentor Hugo Chavez, président de 1999 à 2013, Nicolas Maduro s'est attaché à dominer les médias pour empêcher ou limiter de limiter la diffusion des critiques du chavisme. Caracas n'est pas le seul à utiliser l'IA... Depuis son retour au pouvoir il y a un an, Donald Trump ne cesse de se mettre en scène dans de fausses images générées par intelligence artificielle.

Il inonde sa plateforme Truth Social de ces images ultra-réalistes, une stratégie de communication visant à glorifier sa personne et à ridiculiser ses critiques. "Ces outils numériques et d'IA finissent par trivialiser la politique", déplore Elena Block, pour qui "l'IA est actuellement la plus grande menace pour la démocratie".

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