états unis Par Anuj CHOPRA
Réveillé au beau milieu de la nuit par des policiers armés jusqu'aux dents: c'est la mésaventure qui est arrivée à Rick Wilson, consultant politique victime d'un mauvais canular aux accents d'intimidation en cette année électorale tendue aux Etats-Unis. Ces derniers mois, juges, agents électoraux et représentants politiques des deux côtés de l'échiquier politique américain ont été victimes de "swatting", des individus appelant les forces de l'ordre pour signaler un faux crime violent. Objectif: provoquer une intervention musclée de la police au domicile de la personne visée.
"C'est dur d'avoir autour de la maison des dizaines de policiers avec des AR-15 (fusils semi-automatiques, NDLR) qui viennent frapper à la porte à trois heures du matin", raconte à l'AFP Rick Wilson, ancien stratège du Parti républicain et co-fondateur du Lincoln Project, une coalition de républicains opposés à Donald Trump.
Déjà visé auparavant par une telle mauvaise plaisanterie, l'homme est sorti les mains en l'air de sa maison de Floride. "Je suis victime d'un canular !", a-t-il lancé aux policiers. Le consultant a offert une récompense de 25.000 dollars pour toute information permettant d'identifier le ou les auteurs de l'appel, n'ayant aucune idée de qui a bien pu orchestrer une telle opération.
Mais l'objectif de ces individus est clair, affirme-t-il: "faire tuer les gens". A l'approche de l'élection présidentielle de novembre, qui verra sauf surprise Joe Bien et Donald Trump s'affronter une nouvelle fois, ces mauvais canulars ont ravivé les inquiétudes sur la tenue du scrutin dans un contexte politique fortement polarisé, et sous la menace d'ingérences étrangères comme de campagnes de désinformation.
D'autant plus qu'un modus operandi semble se détacher et fait craindre une opération coordonnée à l'encontre de responsables politiques. Un individu appelle les secours pour "avouer" le meurtre de sa compagne et annoncer son intention de se suicider. Ce qui suffit à déclencher l'envoi d'unités d'intervention lourdement armées. La police fédérale, le FBI, a dit avoir recensé 600 incidents de ce type à travers le pays en 2023.
Le phénomène, qui semble aujourd'hui "être en hausse", est apparu dans les années 2000 et était initialement employé pour harceler des célébrités ou encore entre joueurs en ligne rivaux. Parmi les personnes visées ces derniers mois figurent notamment Tanya Chutkan, la juge qui présidera les débats au procès fédéral de Donald Trump pour tentatives présumées illicites d'inverser le résultat de l'élection de 2020.
Mais aussi le procureur Jack Smith, qui supervise les poursuites engagées contre l'ancien président dans deux affaires, l'élue trumpiste Marjorie Taylor Greene ou encore Gabriel Sterling responsable chargé de la tenue des élections dans l'Etat clé de Géorgie. La Géorgie fait d'ailleurs parti des Etats américains qui cherchent à durcir les peines encourues par les auteurs de ces infractions.
Les parlementaires de Floride ont ainsi présenté en janvier une proposition de loi prévoyant jusqu'à 20 ans de prison dans le cas où une victime serait sérieusement blessée dans l'intervention policière. Une initiative lancée après que le sénateur républicain de Floride Rick Scott a lui-même été victime d'un tel canular. Dans les faits, les responsables sont toutefois très rarement identifiés et interpellés. Selon des experts, ils se servent notamment d'outils d'intelligence artificielle pour imiter d'autres voix ou de technologies cryptées pour brouiller leur trace.
"Traquer ces individus est extrêmement difficile", dit à l'AFP Justin Smith, membre du Committee for Safe and Secure Elections, un organisme destiné à protéger électeurs et agents électoraux des menaces et pressions. Ce policier retraité encourage donc les responsables électoraux à informer les forces de l'ordre de leur lieu de résidence afin de réduire les risques de tels canulars.
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