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Le 19 février prochain, Canal+ Docs va diffuser "Stranger in my own skin", un documentaire choc et émouvant sur le chanteur Peter Doherty, réalisé par Katia de Vidas, devenue sa femme - Regardez

Par Philippe GRELARD

"On est fiers et contents", glisse en français à l'AFP Peter Doherty, enfant terrible du rock anglais, à propos d'un documentaire choc et émouvant sur sa traversée des addictions, réalisé par Katia de Vidas, devenue sa femme. L'actualité est chargée pour le musicien, entre la version française de ses mémoires, "Un garçon charmant", au Cherche-Midi (la version anglaise, "A likely lad", est parue en 2022), et un nouvel album des Libertines, son groupe, "All quiet on the eastern esplanade", repoussé au 29 mars.

Mais quand on rencontre le chanteur et guitariste à Paris, au côté de son épouse, c'est pour parler de "Stranger in my own skin" ("Etranger dans ma propre peau"), documentaire qui sera diffusé le 19 février sur Canal+ Docs. A partir de plus de 200 heures de rushes sur près de dix ans, Katia de Vidas a tiré un film de 90 minutes. Rarement l'addiction aux drogues dures et la lutte pour s'en sortir ont été montrées si frontalement chez un chanteur.

"Pour moi, c'est plus que ça, ça parle de créativité, d'une enfance stricte, du poids du succès, mais, oui, inévitablement de l'addiction, pour que plus de gens comprennent", explique la réalisatrice et musicienne. "Si tu montres le meilleur, il faut montrer le pire", poursuit celle qui, au départ, était juste une étudiante en cinéma recrutée par Christian Fevret, un des fondateurs du magazine Les Inrockuptibles, pour suivre la rock-star avec une caméra. 

On y voit donc un Doherty angélique, déclamant un poème quand l'industrie du disque l'honore. Et un Doherty dévoré par ses démons, ballotté par le chaos. C'est lui qui demande à celle qui n'était alors qu'une présence familière de le filmer seringue en main. "Je me shootais depuis 7 ou 8 ans et, comme tous le junkies, à force, on perd ses veines, elles sont détruites, et, ce jour-là, j'en avais trouvé une", commence-t-il. "C'était comme une opération militaire menée à bien. C'est tellement triste et tragique mais c'était la fête après deux semaines de recherches".

La métaphore militaire n'est pas gratuite: l'artiste a passé son enfance entre les barbelés et les baraquements des casernes de son père, membre de l'armée britannique. Environnement trop corseté pour un gamin rétif à la discipline et envoûté par la poésie et la littérature. Une des données de l'équation.

Le documentaire se termine avec une cure de désintoxication en Thaïlande, étape décisive vers la délivrance. "A Paris et Londres, on trouve trop de drogues en claquant des doigts. Là, je ne me suis enfui qu'une nuit à Bangkok, le reste du temps, ils étaient durs et veillaient sur moi, ils savaient que je pouvais promouvoir leur centre", déroule-t-il. Tout fier de montrer ses veines réapparues sur ses avant-bras, signe de sa rédemption.

Il n'y aura pas d'épisode II. Katia de Vidas a cessé de filmer quand ils sont devenus un couple. Les époux, qui vivent désormais du côté d'Etretat, dans le nord-ouest de la France, travaillent sur un projet de fiction. Et Doherty, 44 ans, s'attelle à la musique d'un film du cinéaste français Xavier Beauvois, "La vallée des fous".

Comme un grand enfant, il conclut l'entretien en sautant d'un sujet à l'autre: "Xavier vit dans le village voisin et a un âne qui s'appelle Gabin. D'ailleurs, un de mes films préférés, c'est +Le quai des brumes+ avec Jean Gabin". "Stranger in my own skin" (chanson des Babyshambles, autre groupe de Doherty) ne s'attarde que sur lui.

Pour le reste -- sa liaison avec Kate Moss ou sa complicité avec Amy Winehouse --, le musicien se confie sans fard et avec humour dans "Un garçon charmant". "C'était objectivement une bonne photo", y lâche-t-il quand, un jour, le tabloïd britannique Sunday Mirror titre "Le nouvel amour de Kate Moss est un junkie !" avec un cliché de lui en train de fumer de l'héroïne.

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