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L'opérateur français de satellites Eutelsat a annoncé cet après-midi sa fusion avec le britannique OneWeb qui doit donner naissance à un géant européen dans la course à l'internet

L'opérateur français de satellites Eutelsat a annoncé cet après-midi sa fusion avec le britannique OneWeb et sa constellation, qui doit donner naissance à un géant européen dans la course à l'internet depuis l'espace, face au mastodonte Starlink du groupe américain SpaceX.

Après avoir annoncé lundi être en "discussions (...) en vue d'un éventuel rapprochement" avec OneWeb, dont il est déjà actionnaire à hauteur de 23%, Eutelsat a confirmé la signature d'"un protocole d'accord". Il prévoit une co-entreprise détenue à 50-50, dont le siège restera en France et qui continuera d'être cotée à Paris.

En parallèle, l'entreprise va également demander son admission dans un segment de la Bourse de Londres. La transaction se fera par échange d'actions et valorise OneWeb à 3,4 milliards de dollars, impliquant une valeur de 12 euros par action Eutelsat, a précisé l'entreprise dans un communiqué. L'opération, qui doit être finalisée "à la fin du premier semestre 2023", ne convainquait pas la Bourse de Paris mardi après-midi.

L'action Eutelsat, spécialiste de l'orbite géostationnaire avec sa flotte de 35 satellites positionnés à 36.000 kilomètres de la Terre pour des services de diffusion par satellite et d'internet à haut débit, perdait 14,99% à 7,29 euros, dans un marché en baisse de 0,49% vers 16h20 (14h20 GMT). Son cours avait déjà chuté de près de 18% lundi.

La fusion inquiète en raison des besoins de trésorerie qu'elle engendre à court terme et de la dépendance aux contrats gouvernementaux, selon Roshan Ranjit, analyste de la Deutsche Bank.

La directrice générale du groupe, Eva Berneke, a cependant défendu mardi lors d'une conférence téléphonique son projet de créer "un groupe orienté vers la croissance", admettant que cela représentait "un grand changement pour certains actionnaires". La société britannique OneWeb a déjà déployé 428 des 648 satellites de sa constellation en orbite basse, à quelques centaines de kilomètres d'altitude, afin de fournir de l'internet à haut débit et à faible latence, c'est-à-dire rapide dans la transmission de données, au profit notamment des régions isolées et dépourvues de fibre optique.

Outre le conglomérat indien Bharti (30%) et Eutelsat (22,9%), le capital de OneWeb comprend le gouvernement britannique (17,6%), le japonais Softbank (17,6%) et le conglomérat coréen Hanwa (8,8%). Eutelsat est lui contrôlé à 20% par Bpifrance, la banque publique d'investissement de l'État français, ainsi que par le Fonds stratégique de participations (FSP) détenu par sept assureurs français, le reste du capital étant flottant.

L'opération a le "soutien" du gouvernement français, a assuré mardi le cabinet du ministre de l'Economie lors d'une conférence téléphonique, convaincu par la "pertinence économique" et la "sensibilité politique" de ce projet.

"La souveraineté française sera maintenue voire même, à certains égards, renforcée dans cette transaction", a-t-on aussi souligné à Bercy. Alors que le marché de l'internet spatial, "en fort développement", est estimé à 16 milliards de dollars à l'horizon 2030, selon Eutelsat, SpaceX du milliardaire américain Elon Musk a pris une longueur d'avance. Plus de 2.000 satellites de sa constellation Starlink ont déjà été déployés (il en souhaite 42.000 à terme).

Jeff Bezos, le fondateur d'Amazon, compte de son côté déployer plus de 3.200 satellites pour sa constellation Kuiper. L'Union européenne souhaite elle aussi déployer sa propre constellation en orbite basse d'environ 250 satellites à partir de 2024, au nom de la souveraineté.

"Nous ne savons pas à quoi ressemblera la future constellation européenne mais nous sommes impatients d'entamer le dialogue avec la Commission", a déclaré Mme Berneke. Quant à la Chine, elle dispose de son propre projet de constellation, Guowang, de 13.000 satellites. Le déploiement de la constellation OneWeb est à l'arrêt depuis février et l'invasion de l'Ukraine. Les deux premiers tiers de la constellation avaient été mis en orbite par des fusées russes Soyouz.

"Cela aurait pu nous retarder pendant longtemps (...) mais nous avons reçu un soutien formidable des États-Unis et du gouvernement indien", a affirmé mardi le président exécutif de OneWeb, Sunil Bharti Mittal, précisant qu'un contrat pour 3,5 lancements avait été notamment conclu avec SpaceX pour achever le déploiement de la constellation "très certainement d'ici mars 2023".

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