14/07/2022 18:02

Les dirigeants de l'audiovisuel public montent au créneau pour défendre son financement face aux députés, lors d'une table ronde organisée par la commission des Affaires culturelles de l'Assemblée nationale

Les dirigeants de l'audiovisuel public entendus par des députés sont unanimes: impossible de réduire encore la voilure sans perdre en qualité avec des effectifs sous pression, ont-ils prévenu, alors que se profile la suppression de la redevance. Les patrons de France Télévisions, Arte, Radio France, France Médias Monde, l'INA et TV5Monde étaient invités à s'exprimer lors d'une table ronde organisée par la commission des Affaires culturelles de l'Assemblée nationale, chargée de trouver des pistes pour réformer leur mode de financement.

France Télévisions "est en plan social depuis plus de 10 ans", a expliqué d'emblée sa présidente, évoquant une baisse des effectifs de près de 10% en cinq ans, soit une perte de 850 salariés. Les transformations au sein du groupe, comme le déploiement de son offre numérique, "ont été réalisées dans un cadre budgétaire extrêmement contraint puisque, entre 2018 et 2022, nos crédits ont diminué de 160 millions d'euros", a-t-elle rappelé.

De fait, France Télé a supporté l'essentiel du plan d'économies imposé à l'audiovisuel public par le gouvernement en 2018, d'un total de 190 millions d'euros à l'horizon 2022. "Tant sur nos charges que sur nos coûts, France Télévisions est arrivée au bout d'un cycle et il me semble difficile, quasiment impossible, d'aller au-delà à moins d'une vaste réflexion sur notre périmètre ou notre organisation commune", a prévenu Mme Ernotte. Car la fin de la redevance, promesse de campagne présidentielle d'Emmanuel Macron, fait craindre une nouvelle baisse des ressources et une perte d'indépendance aux médias publics. D'un montant de 138 euros en métropole et de 88 euros outremer cette année, la redevance a rapporté 3,2 milliards d'euros sur les 3,8 milliards versés à l'audiovisuel public.

Pour protester contre la suppression de cette taxe, payée par les foyers équipés d'un téléviseur, les radios et télés publiques ont mené le 28 juin une grève largement suivie. D'après Bruno Patino, président de la chaîne franco-allemande Arte France, "il y a une très forte incompréhension de notre partenaire allemand sur ce qui est en train de se passer" avec cette réforme qui, du côté allemand, reflète "la façon dont on considère le service public". Ils s'inquiètent d'une possible "absence de garanties", notamment de visibilité financière, alors que les deux partenaires doivent discuter en septembre de leurs "besoins de financement pour la période 2025-2027", a-t-il détaillé.

Les Britanniques de la BBC, dont le budget est planifié sur 11 ans, "trouvent extraordinaire le fait qu'on commence les discussions aujourd'hui pour 2027", a taclé Mme Ernotte, déplorant ne pas avoir "d'informations pour janvier 2023". "L'indépendance de nos rédactions" ne doit pas être "vue comme dépendante des débats budgétaires", a renchéri Sybile Veil, PDG de Radio France. "D'où la nécessité d'avoir une visibilité pluriannuelle, comme chez nos voisins européens." Pour l'audiovisuel public présent à l'échelle mondiale, "le choix du mode de financement n'est absolument pas anodin, il a de lourdes conséquences", a souligné Marie-Christine Saragosse, PDG de France Médias Monde (France 24, RFI, TV5Monde). Et de rappeler que son homologue allemand, la Deutsche Welle, qui disposait en 2012 du même budget que France Médias Monde, est aujourd'hui doté de 130 millions d'euros de plus, tandis que "Russia Today a un budget quatre fois supérieur à celui de France 24". Face à ces multiples craintes, le gouvernement, qui prévoit d'inclure dans son prochain budget le financement de l'audiovisuel, se veut rassurant. "L'indépendance éditoriale sera totalement préservée", a répété mardi la ministre de la Culture, Rima Abdul Malak, devant la même commission. "Les garanties sont là" avec "une compensation à l'euro près des effets fiscaux induits par ce nouveau mode de financement" et un "versement du montant total des ressources en une fois en début d'année pour éviter tout risque de régulation en cours d'année", a-t-elle assuré.

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