09/02/2011 14:42

La presse satirique survit difficilement

Zélium, mensuel dont le premier numéro sort vendredi, espère s'imposer et vivre de la veine satirique : un pari osé dans un genre où après de nombreuses disparitions, les plus courageux tiennent le coup grâce au bénévolat et en s'appuyant sur de petites communautés de lecteurs. Récemment, plusieurs titres ont mis la clé sous la porte - Le Plan B, Siné Hebdo, La Mèche et Kamikaze -, incapables de se faire une place aux côtés des deux "historiques" de la presse satirique, Le Canard Enchaîné et Charlie Hebdo, journaux installés avec des dizaines de salariés.

Dans un genre qui n'a ni publicité, ni subventions, ni mécènes, et au beau milieu d'une crise aiguë de la presse, ces échecs n'ont cependant pas refroidi des anciens de Siné Hebdo et de La Mèche qui lancent Zélium (24 pages, 3 euros, tirage à 70.000 exemplaires). "Tous les participants sont bénévoles, témoigne Etienne Liebig, conseiller artistique. On a cependant mis de l'argent en réserve sur un compte car même si l'imprimeur a accepté d'être payé après, il voulait être sûr d'avoir l'argent immobilisé". A partir de 10.000 exemplaires vendus, Zélium devrait rentrer dans ses frais. Et si bénéfice il y a, il sera équitablement partagé entre tous les collaborateurs.


Aucun objectif de vente n'a été fixé, mais pour Etienne Liebig il n'est pas envisageable de continuer ad vitam aeternam avec des bénévoles. "Il faut de la qualité. Et la qualité ça se paye". "Notre économie est brinquebalante, c'est un peu de la bricole. Il n'y a pas de locaux, pas de salariés permanents, assure le journaliste Nicolas de La Casinière. "Mais au moins, ajoute-t-il, si on arrête, il n'y a pas de dégâts sociaux". A Nantes, Nicolas de La Casinière est la cheville ouvrière de "La Lettre à Lulu" qui, depuis décembre 1995, satirise la société nantaise. Au rythme de quatre numéros par an, absolument tout repose sur le bénévolat depuis 15 ans. "Les ventes et nos abonnements nous permettent de payer l'imprimeur et le routage. Si on fait de la marge, ça sert en cas de procès", précise-t-il avant d'ajouter en souriant: "On vend en moyenne 2.800 exemplaires. C'est pas mal, vu qu'on est nul en commerce ! "


Basé à Marseille, le mensuel national CQFD "vit de peu", souligne François Maliet, secrétaire de rédaction, mais le journal compte de "deux à cinq salariés". "Le reste, c'est du bénévolat", dit-il. La publication d'un tel journal demande beaucoup d'investissement: "C'est fatigant, et on est obligé de travailler à l'extérieur, souligne François Maliet. Alors il y a deux ans, on a lancé un appel à nos lecteurs et on a eu 2.000 abonnés supplémentaires". Aujourd'hui, la diffusion moyenne de CQFD est de 6.000 exemplaires.


Fondateur de Fakir, François Ruffin assure que ce qui fait marcher son journal, "c'est l'auto-exploitation permanente de ses membres et de ses lecteurs": il encourage ardemment ceux-ci à abonner leurs proches. Le magazine confectionné à Amiens diffuse entre 10.000 et 20.000 exemplaires par numéro et "se porte très bien", assure-t-il. Il compte un salarié pour l'administratif, tandis que les articles et dessins sont là aussi l'oeuvre de bénévoles. François Ruffin ne définit pas Fakir comme un journal satirique, mais plutôt de critique sociale: "Nous sommes sérieux sur le fond et nous essayons d'être drôles dans la forme". Car si son journal, comme CQFD, parvient à exister, c'est qu'il ne s'en tient pas au "bête et méchant" chanté naguère par Hara Kiri. "Il y a de la place pour la presse satirique, abonde François Maliet. Mais il ne faut pas s'en tenir là, il faut des enquêtes et des reportages".

Ailleurs sur le web

Vos réactions

Portrait de Micky88
9/février/2011 - 18h28

Il a intérêt à en faire si la gauche repasse... A chaque fois c'est la cata pour eux...