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Salvador: Le parlement vote la suppression des exemptions fiscales dont bénéficient les journaux, majoritairement critiques envers le pouvoir

Le parlement salvadorien, dominé par les partisans du président Nayib Bukele, a voté la suppression des exemptions fiscales dont bénéficient les journaux, majoritairement critiques envers le pouvoir. Après avoir soulevé un tollé international et dans les milieux d'opposition salvadoriens en limogeant les hauts magistrats constitutionnels et le procureur général, les députés ont approuvé à une écrasante majorité de 68 voix des 84 parlementaires la proposition du député Christian Guevara, du parti présidentiel, de révoquer la loi qui a "empêché pendant plus de 70 ans que les journaux paient des impôts". Pour M. Guevara, il s'agissait "d'en finir avec la plus longue, continue et honteuse évasion fiscale de l'histoire" du Salvador.

Au nom de "la libre diffusion de la pensée", la Loi des Imprimeries de 1950 exemptait d'impôt l'impression de journaux, revues, bulletins et livres. Les importations de papier et d'encre ainsi que la vente directe de journaux étaient également exemptées de taxes. Ces privilèges fiscaux seront désormais réservés aux seules publications "destinées directement à des buts éducatifs". Cette décision intervient dans le contexte d'une crise politique ouverte par la destitution par le nouveau parlement, le jour de son entrée en fonctions samedi, des juges constitutionnels et du procureur général, auxquels s'était heurté à plusieurs reprises le président Bukele.

Le chef de l'Etat a convoqué lundi le corps diplomatique pour répliquer aux critiques internationales qui ont suivi la révocation des magistrats. Le gouvernement salvadorien a diffusé mardi l'enregistrement vidéo de cette réunion, montrant M. Bukele qui tançait les ambassadeurs en les accusant de favoriser les assertions de l'opposition. Connu pour ses penchants autoritaires, le président, âgé de 39 ans, est allé jusqu'à faire irruption en 2020 au Parlement, alors dominé par les partis d'opposition, en compagnie de policiers et militaires armés jusqu'aux dents pour faire pression sur les députés.

Après le limogeage des magistrats, la vice-présidente américaine Kamala Harris, le chef de la diplomatie de l'Union européenne Josep Borrell, l'Organisation des Etats Américains (OEA) et la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) ont tous appelé au respect de l'Etat de droit et de la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a fait de même en soulignant la nécessité de préserver les progrès démocratiques depuis les accords de paix qui ont mis fin à la guerre civile en 1992.

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