23/08/2020 18:31

France Ô va disparaître ce soir à minuit des écrans, comme l'avait décidé il y a deux ans le gouvernement, au vu des faibles audiences de cette chaîne publique au profil unique

Par Frédéric POUCHOT
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France Ô va disparaître ce soir à minuit des écrans, comme l'avait décidé il y a deux ans le gouvernement, au vu des faibles audiences de cette chaîne publique au profil unique, à la fois vitrine télévisuelle de l'Outre-mer et concentré de diversité. Contrairement à France 4, chaîne destinée notamment aux enfants, qui a bénéficié en juillet d'un sursis d'un an (jusqu'à l'été 2021), France Ô a vu sa fermeture confirmée par le ministère de la Culture, avec une date simplement retardée de 15 jours: elle cessera d'émettre le 23 août au lieu du 9.

La chaîne vit donc ses derniers moments, à moins d'un miracle. Elle a annoncé jeudi une programmation spéciale pour sa dernière journée d'antenne, dimanche, qui se terminera par un grand concert enregistré l'an dernier à l'Olympia. Le CSA a entériné la fermeture de la chaîne, et annoncé mercredi que dès le 1er septembre, sa fréquence TNT serait recyclée pour diffuser franceinfo en haute définition en métropole.

Ce sera donc la fin d'une aventure de 15 ans, voire 22 ans si l'on inclut sa prédécesseure: France Ô avait été lancée en 2005, en remplacement de RFO Sat, créée elle-même en 1998. D'abord une chaîne du câble et du satellite, elle doit attendre 2010 pour accéder à la TNT à l'échelle nationale, gage d'une plus grande notoriété. Las, la chaîne a toujours peiné à trouver son public.

Son cahier des charges, qui lui donne pour double mission de promouvoir la diversité culturelle et d'être une vitrine télévisuelle des territoires d'Outre-mer en métropole, est souvent jugée confuse et la chaîne se retrouve régulièrement sur la sellette en raison de ses faibles audiences: 0,8% en 2016 puis 0,6% en 2017, avant que France Télévisions ne renonce à la faire mesurer par Médiamétrie, pour faire des économies. Malgré ces chiffres peu flatteurs, la cinquantaine de salariés de la chaîne (qui doivent être reclassés au sein de France Télévisions) ont reçu des soutiens: plus de 100.000 téléspectateurs, élus, artistes, etc., ont signé une pétition baptisée "Sauvons France Ô".

Le collectif derrière ce mouvement appelle à manifester dimanche après-midi devant le ministère de la Culture. Et depuis deux ans, les parlementaires ultramarins, qu'ils soient dans la majorité ou l'opposition, n'ont cessé de rappeler son rôle singulier au sein du PAF. "France Ô avait un public intimiste mais assidu, il y avait cette vitrine vers l'Outre-mer, et cette possibilité de valoriser les journaux télévisés et les documentaires" qui sont produits dans ces territoires grâce auxquels "le soleil ne se couche jamais sur la France", dit à l'AFP Olivier Serva, député LREM de Guadeloupe, et président de la délégation aux Outre-mer de l'Assemblée nationale. Et de rappeler que le président Emmanuel Macron, avant son élection, s'était engagé à maintenir France Ô.

"Force est de constater qu'en dehors de France Ô, la visibilité des Outre-mer sur l'ensemble du paysage audiovisuel est au mieux marginale, au pire inexistante", ont également plaidé dans un rapport Maurice Antiste, sénateur socialiste de la Martinique, et Jocelyne Guidez, sénatrice centriste de l'Essonne. Le gouvernement a cherché à parer ces critiques en demandant à France Télévisions de muscler les contenus ultramarins sur ses autres chaînes. Une nouvelle plateforme numérique, baptisée "Outremer la 1ère", a également été lancée en juin. Le tout s'inscrit dans un "pacte de visibilité" signé il y a un an par France Télévisions, qui vise à "garantir durablement la présence des outre-mer au centre de l'offre de l'audiovisuel public", avec des objectifs chiffrés et gravés dans le marbre. Mais pour Olivier Serva, le compte n'y est pas.

Mettre plus d'Outre-mer sur les autres chaînes publiques, très regardées, "ça paraît être une idée intelligente et intéressante mais dans la pratique ça ne fonctionne pas", et "pour l'instant on n'y croit pas". Enfin, la date même choisie par le gouvernement pour couper le signal de la chaîne a fait mauvais effet chez les Ultramarins : le 23 août est en effet la journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition. Pour le député LREM, cela démontre "une méconnaissance, ou pour le moins un désintérêt".

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Vos réactions

Portrait de Romano725
23/août/2020 - 19h34
Dex a écrit :

J'ai rarement trouvé quelque chose d'intéressant à regarder sur cette chaîne. S'ils veulent une représentation de l'outre mer sur le paf de métropole, pourquoi ne pas seulement retransmettre les chaînes d'outre mer plutôt que de créer une chaîne qui coûte de l'argent?

De mon coté j'ai régulièrement vu des reportages de grande qualité sur cette chaine, bien qu'elle était la chaine avec les plus petits moyens du groupe France télé.

Elle était vouée à l’échec dès le départ.

En tout cas elle m'a permis de m'évader à de nombreuses reprises.