23/09 14:01

D’après une étude de Reporters sans frontières, plus de 40% des cas de censure se produisent au moment de la vente - Un phénomène qui appelle à la vigilance, prévient l'ONG

Les menaces sur la liberté de la presse ne concernent pas uniquement les journalistes: d'après une étude de Reporters sans frontières (RSF) menée dans 90 pays, plus de 40% des cas de censure se produisent au moment de la vente, un phénomène qui appelle à la  vigilance, prévient l'ONG.
"Tant qu'il n'est pas parvenu dans les mains de son lecteur, un journal reste vulnérable - et l'imagination des prédateurs infinie. Achats massifs de journaux, saisies d'édition dans les kiosques et à l'imprimerie, piratage de contenu, taxe douanière rédhibitoire, pénurie de matière première essentielle comme le papier", liste RSF dans un rapport publié lundi. RSF cite comme exemple une saisie douanière de la totalité d'un numéro de l'hebdomadaire Jeune Afrique en 2017 au Togo ou le retrait de la vente, afin qu'ils soient brûlés, de tous les exemplaires de l'hebdomadaire gouvernemental Ebano en Guinée équatoriale la même année pour un article déplaisant au pouvoir.
D'autres techniques plus insidieuses sont recensées, comme l'obligation faite en Pologne aux marchands de journaux d'exposer de manière "esthétique" et "visible" les titres pro-gouvernementaux, "moyen très efficace de rendre invisibles les journaux indépendants dans les points de vente", déplore RSF. En France, RSF cite le cas d'un kiosquier contraint par des partisans du président turc Recep Tayyip Erdogan d'enlever une affiche de une de l'hebdomadaire Le Point s'interrogeant "Le dictateur, jusqu'où ira Erdogan?", dans les environs d'Avignon (sud) en 2018.
Plus récemment, en mars 2019, RSF rappelle que sept kiosques ont été incendiés à Paris en marge d'une manifestation de "gilets jaunes", "ceux qui se sont attaqués aux kiosques ne devaient même pas savoir que les kiosquiers, des travailleurs indépendants qui galèrent, sont les derniers maillons d'une chaîne de la distribution de la presse", regrette la vice-présidente du Syndicat des kiosquiers Nelly Todde, citée par RSF. Les entraves touchent aussi l'acheminement des titres et les imprimeries, avec notamment des pénuries organisées de papier et d'encre dans certains pays.
Sur le plan des chiffres, RSF a interrogé des professionnels de l'information et de la distribution dans plus de 90 pays et il en ressort que les gouvernements sont, pour 68% des personnes interrogées, à l'origine des entraves qui ralentissent, voire bloquent, la diffusion de l'information, devant les décisions de justice, les partis politiques, les militaires et le pouvoir religieux. Sans surprise, les sujets les plus censurés sont ceux qui traitent des informations politiques (21%) et financières, notamment les affaires de corruption (18%).
RSF dresse une liste de recommandations aux Etats, comme "garantir la sécurité physique des éditeurs, imprimeurs, distributeurs et vendeurs de presse" ou "créer un délit d'entrave à la diffusion de la presse".

Ailleurs sur le web

Vos réactions