05/05 10:30

Dix ans après les suicides à France Télécom, les ex-dirigeants au tribunal à partir de lundi pour "harcèlement moral", un procès aux allures de première en France.

La vague de suicides à France Télécom à la fin des années 2000 était devenue le symbole de la souffrance au travail. L'entreprise et ses ex-dirigeants dont le PDG Didier Lombard sont jugés à partir de lundi pour "harcèlement moral", un procès aux allures de première en France.

Il y a 10 ans, France Télécom (ancien opérateur public, privatisé en 2004, puis devenu Orange en 2013) faisait la Une des journaux en raison des suicides parmi ses salariés: en 2008 et 2009, 35 employés ont mis fin à leurs jours.

En juillet 2009, un technicien marseillais de 51 ans se suicidait après avoir mis en cause dans une lettre le "management par la terreur".

Deux mois plus tard, une salariée de 32 ans se jetait par la fenêtre de son bureau à Paris, sous les yeux de ses collègues.

Une première plainte était alors déposée par le syndicat Sud, suivie d'autres, et d'un rapport accablant de l'inspection du travail.

Pendant l'enquête, les juges d'instruction ont examiné les cas de 39 salariés: dix-neuf se sont suicidés, douze ont tenté de le faire, et huit ont subi un épisode de dépression ou un arrêt de travail.

Le procès, qui doit durer plus de deux mois, sera suivi de près par les entreprises, les syndicats et les spécialistes du monde du travail: il pourrait aboutir à des condamnations pour un harcèlement moral institutionnel, différent des cas classiques où le lien est direct entre l'auteur présumé et sa victime.

France Télécom est la première grande entreprise à comparaître en France pour "harcèlement moral", défini par le code pénal comme "des agissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail". Sur le banc des prévenus prendra place Didier Lombard, qui a dirigé le groupe de 2005 à 2010.

Devant des cadres en 2006, il avait donné le ton: "Il faut qu’on sorte de la position mère poule (...). Ce sera un peu plus dirigiste que par le passé". Coutumier des formules choc, il avait parlé, au pic de la crise, d'une "mode des suicides", avant de présenter ses excuses.

L'ex-patron retrouvera au tribunal Louis-Pierre Wenes, ex-numéro 2, et Olivier Barberot, ex-responsable des ressources humaines. Quatre cadres seront jugés pour "complicité". Tous encourent 15.000 euros d'amende et un an de prison. France Télécom encourt 75.000 euros d'amende.

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Vos réactions

Portrait de seb2746
5/mai/2019 - 11h20

"Responsable mais pas coupable".

 

Sachant que pas grand chose n'a changé chez FT, taux de suicide élevés, les Harceleurs sont juste déplacés et protégés sans licenciement comme il a a 10 ans (suffit de voir que 5 mis en cause sont toujours a des postes importants sans aucune mesure)...