26/09/2018 16:31

Depuis quatorze ans, "Les Grandes Gueules" de RMC promettent une parole "sans filtre" avec des débats menés dans une logique "anti-élites"

 Par Taimaz SZIRNIKS

"Les Grandes gueules" s'énervent chaque jour depuis quatorze ans sur RMC, avec des débats menés dans une logique "anti-élites" que défendent ses présentateurs dans un livre à paraître aujourd'hui. Pour se distinguer des dizaines de talk-shows avec experts qui inondent radios et télévisions, les Grandes Gueules (GG) promettent une parole "sans filtre".

Pendant trois heures chaque matin, trois intervenants - mélange de Monsieur tout-le-monde et de célébrités diverses - commentent en direct, entre algarades et anecdotes, des sujets d'actualité qu'ils découvrent souvent juste avant l'émission, avant de recevoir un invité.

Les deux animateurs Alain Marschall et Olivier Truchot modèrent le débat, apportent des précisions, et si les propos s'enveniment, une cloche retentit. Depuis sa création en 2004, l'émission est devenue un classique de RMC, accompagnant la remontée de ses audiences. Diffusée de 11H à 14H puis progressivement de 9H à 12H, elle a attiré plus de 1,6 million d'auditeurs chaque jour la saison dernière (surtout des hommes), selon Médiamétrie. Au menu, on retrouve souvent les questions de sécurité, la place de l'islam en France, la voiture, les impôts ou l'éducation.

"En quatorze ans, les GG ont accompagné une véritable insurrection verbale des Français contre les élites", estiment les présentateurs dans leur livre coécrit avec le biographe de DSK, Michel Taubmann (éd. L'Archipel).

Pour Claire Blandin, professeur en sciences de l'information, "derrière ce projet d'infotainment, il y aussi une envie de réinventer un espace de discussion": "c'est une manière pour les grands médias de recycler ce qui se passe sur les réseaux sociaux". Dans les GG, "chaque chroniqueur est le porte-parole d'une catégorie sociale", note-t-elle.

-"PMU 5 étoiles"-

Début septembre, la GG Zohra Bitan, cadre de la fonction publique et ex-porte-parole de Manuel Valls, interpellait ainsi une parlementaire LREM: "Les Français sont en colère! Peut-être qu'(Emmanuel Macron) aurait pu les respecter!" "On a l'impression que jamais la technocratie n'a été autant au pouvoir", renchérissait Olivier Truchot.

"L'idée est de faire entendre des choses qu'on n'entend pas ailleurs", explique M. Truchot dans un entretien à l'AFP. "Dans une démocratie, c'est bien d'entendre le peuple, c'est lui qui a le dernier mot".

"Il y a aujourd'hui une vague populiste de gauche et de droite, un dégagisme qui représente la moitié de l'électorat. On en est le réceptacle", analyse Alain Marschall. "Mais ce n'est pas parce qu'on lui donne la parole qu'on fait le jeu d'untel!", assure-t-il.

Si les réseaux sociaux s'en donnent à coeur joie à chaque émission, ce "talk", souvent qualifié de "bar PMU" du débat public, a aussi été mis en demeure deux fois par le CSA, pour les propos d'un invité sur la communauté asiatique puis pour les propos misogynes d'une chroniqueuse. Deux décisions préalables à d'éventuelles sanctions.

Qui est "le peuple" selon RMC? Le pilier de l'émission, Jacques Maillot, est un chef d'entreprise, créateur de Nouvelles Frontières. Gilles-William Goldnadel, un avocat célèbre, et les députés LR Bernard Debré et RN Gilbert Collard étaient déjà bien établis avant d'y participer. L'émission a servi de tremplin médiatique à des chroniqueurs comme l'économiste libéral Pascal Perri, l'essayiste Charles Consigny ou la députée LREM Claire O'Petit.

Mais on compte aussi un agriculteur, un fromager, des professeurs, ou un étudiant, recrutés pour leur "franc-parler et leur engagement". Rémunérés environ 400 euros par émission, ils y consacrent au moins une journée par semaine.

"C'est une photographie de la société", revendique Joëlle Dago-Serry, chargée de clientèle dans le logement social, recrutée en 2016 à l'occasion du premier "casting".

Mais "si c'est un PMU, c'est un PMU 5 étoiles, où l'on s'asseoit entre une avocate et un économiste", ajoute-t-elle.

Depuis deux ans, le show est aussi diffusé sur RMC Story (ex-Numéro 23) qui fait partie comme RMC et BFMTV du groupe Altice, propriété du milliardaire Patrick Drahi.

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Vos réactions

Portrait de Guaranna
27/septembre/2018 - 08h48
Christophe7847 a écrit :

2 commentateurs sur 3 sont de gauche. Les pires : le prof, l'éducateur (encore faudrait-il qu'il soit lui-même éduqué), la travailleuse sociale (sic), l'avocate bobo... C'est devenu naze.

Et vous oubliez la dernière recrue, le cheminot Insoumis qui se contente de déblatérer la pensée mélenchoniste à chaque fois qu'il vient.

 

Portrait de Christophe7847
27/septembre/2018 - 06h29

2 commentateurs sur 3 sont de gauche. Les pires : le prof, l'éducateur (encore faudrait-il qu'il soit lui-même éduqué), la travailleuse sociale (sic), l'avocate bobo... C'est devenu naze.

Portrait de pierjack
26/septembre/2018 - 17h51

j'ai regardé au début,puis,ils m'ont gonflé.

Portrait de bertrand85
26/septembre/2018 - 17h43

Tu parles! 

Ils sont anti-service public, libéraux et pro-Macron à mort!