17/03/2018 10:15

Le juge qui a fait libérer Bertrand Cantat en 2007 regrette que la justice soit "secondaire" face à "la dictature de l'émotion"

Le juge d'application des peines qui a décidé d'accorder à Bertrand Cantat sa libération conditionnelle en 2007 dénonce "la dictature de l'émotion" et regrette que "l'institution judiciaire" soit devenue "secondaire", dans une tribune publiée sur le site Franceinfo.fr.

Alors que les passions se déchaînent autour des concerts de l'ancien chanteur de Noir Désir, quinze ans après la mort sous ses coups de Marie Trintignant pour laquelle il a été condamné et a purgé sa peine, le juge Philippe Laflaquière pointe du doigt vendredi le "tribunal médiatique tout-puissant, incontrôlable" qui fait passer au second plan "l'institution judiciaire".

"Plus que jamais, je crois indispensable de la respecter, de la fortifier, de soutenir tous ces professionnels – administration pénitentiaire comprise –, qui placent leur compétence et toute leur énergie au service d’une belle mission, tenter de réparer les maux les plus cruels de notre société", écrit le magistrat.

S'il juge "pleinement légitime" le combat pour "la libération de la parole et l’action des mouvements féministes", il estime que celle-ci "tourne maintenant à la vindicte publique. Sans autre forme de procès, une véritable mise au pilori en place médiatique", avec "la montée en puissance des réseaux sociaux, formidable caisse de résonance d’une +dictature de l’émotion+ depuis longtemps dénoncée".

Libéré en 2007 de la prison de Muret (près de Toulouse), Bertrand Cantat a purgé plus de la moitié de sa peine après avoir été condamné à huit ans de prison pour coups mortels sur sa compagne, la comédienne Marie Trintignant, tuée en 2003 à Vilnius, en Lituanie.

Le juge explique également le "contrat moral" qu'il passe avec les condamnés qu'il a en charge: "+la règle des trois D+ : décence, discrétion et droit à l’oubli".

"Pour Bertrand Cantat, difficile d’imaginer une application de la +règle des trois D+", notamment à cause de la "notoriété de la victime, et celle de l’auteur", "d'un probable retour sur scène à moyen ou long terme", ajoute-t-il.

Enfin, Philippe Laflaquière déplore la fin de la présomption d’innocence et du bénéfice du doute "pour certaines personnalités mises en cause dans des affaires d’agressions sexuelles" : "Une simple plainte équivaut à un début de condamnation, le témoignage anonyme devient un élément de preuve à charge".

Reprenant l'exemple de Bertrand Cantat, le magistrat rappelle ainsi que le parquet de Bordeaux a classé sans suite l'enquête sur les accusations de violences de la part du chanteur à l'égard de son épouse, Krisztina Rady, morte en 2010.

La mère des deux enfants de Bertrand Cantat s'était suicidée au domicile conjugal, deux ans après la sortie de prison du chanteur.

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Vos réactions

Portrait de jeanseb54
18/mars/2018 - 00h18 - depuis l'application mobile

En même temps il n’y aurait pas eu de manifestants pour l’accueillir, on en aurait sans doute pas parler dans les médias et le concert serait passé inaperçu, c’est de la logique

Portrait de fleurdesel
17/mars/2018 - 16h34

Le juge qui rend un vibrant hommage à 'l'Institution Judiciaire" mais il y a bien longtemps que cette instance ne remplit plus correctement son office en protégeant de plus en plus souvent les criminels aux dépens des victimes. Alors le peuple s'élève et gronde.

Effectivement les 3 D ne sont pas respecter, le doux agneau n'a aucune décence, pas discret et oublie de se faire oublier. Il suffit de constater son comportement provocateur à Grenoble et son air narquois, attisant la foule.

Qu'il fasse ses disques, sa musique mais évite à tout prix la scène et les festivals.   

Portrait de Capri
17/mars/2018 - 13h45

Il pourrait exercer son art différemment, en écrivant pour d'autres par exemple. La règle des 3D du magistrat n'est pas respectée. Cet artiste n'a manifestement pas compris qu'il s'est "passé des choses" ces derniers mois, que la parole des femmes s'est libérée et que son attitude (y compris récente, puisqu'une main courante a été déposée par une femme à son sujet...) n'est plus tolérée. Un accident mortel n'arrive pas pour rien, il y a des prémices. En identifiant des prémices, on peut peut-être éviter l'irréparable.

Portrait de brems
17/mars/2018 - 12h14

Bravo à ce monsieur de prendre ka parole pour rendre sa dignité à Bertrand Cantat il a tué malheureusement et je pense qu il le regrette tous les jours mais lui et ses enfants sont vivants et il doit avoir ke droit 15 ans après les faits à une vie normale.

Portrait de mestoutou
17/mars/2018 - 10h29
Capri a écrit :

Ce magistrat a raison. La règle des 3D qu'il a fixé à B. Cantat (comme à d'autres) n'est pas respectée. Alors, ce sont tout simplement les citoyens qui se chargent de la rappeler au chanteur mu par un Désir Noir dont ont fait les frais les femmes qui l'ont fréquenté.

J'adore votre fin de phrase : "mu par un Désir Noir de la lui rappeler."

Portrait de Capri
17/mars/2018 - 10h29

Ce magistrat a raison. La règle des 3D qu'il a fixé à B. Cantat (comme à d'autres) n'est pas respectée. Alors, ce sont tout simplement les citoyens qui se chargent de la rappeler au chanteur mu par un Désir Noir dont ont fait les frais les femmes qui l'ont fréquenté.

Portrait de mestoutou
17/mars/2018 - 10h28

Quand on a une amende de135 euros on paye 135 euros au fisc !

Quand on est condamné à 8 ans de prison on devrait effectuer les 8 ans!