26/05/2016 09:42

Des personnalités dénoncent l'éviction de la numéro 2 de L'Obs Aude Ancelin

Une quarantaine d'intellectuels et de personnalités du cinéma dénoncent dans une tribune mercredi l'éviction de la numéro deux de L'Obs Aude Lancelin, une décision qu'ils estiment politique, ce que conteste le directeur de la rédaction qui assure que "L'Obs ne prend ses ordres nulle part".

"A un an de la présidentielle, le premier hebdomadaire de la gauche française, l'Obs, a brutalement décidé d'engager une procédure de licenciement à l'égard de sa numéro 2, Aude Lancelin. On a du mal à croire que les raisons de cette éviction puissent revêtir un caractère +managérial+, comme s'obstine à le soutenir curieusement la direction du journal", écrivent les signataires de ce texte paru sur le site de Libération, parmi lesquels le réalisateur Claude Lanzmann, le philosophe Alain Badiou ou les écrivains Laurent Binet et Lydie Salvaire.

"Cette opération de police intellectuelle ne prend pleinement son sens qu'à la lumière de l'élection de l'année prochaine que François Hollande, dont la candidature est désormais un secret de polichinelle, envisage visiblement avec appréhension. Et avec le souci que ce qu'il considère comme +sa+ presse soit en ordre de marche, c'est-à-dire débarrassée de toute voix dissonante", poursuit le texte.

"L'un des seuls lieux réellement ouverts à toutes les gauches dans ce journal étaient précisément les pages dédiées aux idées, aux interventions intellectuelles, aux débats, dont Aude Lancelin avait plus particulièrement la charge", estiment les signataires.

"On n'imaginait pas qu'en 2016, et sous un gouvernement de gauche, on pouvait encore assister à des mises au pas d'une telle brutalité", déplorent les signataires, qui en appellent à François Hollande : "si nos interprétations sont erronées, et nous ne souhaiterions rien tant qu'elles le soient, il suffirait à François Hollande, pour nous rassurer, de s'émouvoir publiquement de cette décision".

Dans une réponse publiée mercredi sur le site de L'Obs, Matthieu Croissandeau, le directeur de la rédaction, juge cette "tribune aux accents conspirationnistes" "mensongère et diffamatoire".

"J'ai pris la décision, en toute indépendance, de remanier l'équipe de direction du journal pour des raisons d'efficacité qui tiennent à notre organisation interne, rien de plus", écrit-il.

"L'Obs a toujours été libre de travailler avec qui bon lui semble et libre de publier les articles qu’il voulait. Il ne prend ses ordres nulle part", poursuit-il.

L'intersyndicale de L'Obs avait réclamé vendredi l'arrêt de la procédure de licenciement contre Aude Lancelin et évoqué des "raisons politiques" à ce sujet.

La Société des rédacteurs (SDR) de L'Obs se montre plus prudente : "nous n'avons pas d'éléments concrets concernant des interventions venant de plus haut", explique une représentante à l'AFP, "ce que nous dénonçons, c'est l'intervention politique d'un actionnaire".

Dans une tribune publiée sur le site de L'Obs, la SDR demande à la direction d'interrompre la procédure de licenciement d'Aude Lancelin et de donner à la rédaction "la garantie de (son) indépendance, et les moyens d'une stratégie".

"Il ne saurait être question pour nous d'aborder une campagne électorale dans un tel climat de suspicion", écrivent les journalistes.

Depuis plusieurs semaines, une crise oppose la rédaction à la direction de l'hebdomadaire. Mi-mai, une motion de défiance contre Matthieu Croissandeau a recueilli 80% des voix chez les salariés.

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Portrait de Anubis93
9/juin/2016 - 00h27
Doublon
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9/juin/2016 - 00h27
On ne va pas s'en plaindre