Zélium, mensuel dont le premier numéro sort vendredi, espère
s'imposer et vivre de la veine satirique : un pari osé dans un genre où
après de nombreuses disparitions, les plus courageux tiennent le coup
grâce au bénévolat et en s'appuyant sur de petites communautés de
lecteurs. Récemment, plusieurs titres ont mis la clé sous la porte - Le
Plan B, Siné Hebdo, La Mèche et Kamikaze -, incapables de se faire une
place aux côtés des deux "historiques" de la presse satirique, Le Canard
Enchaîné et Charlie Hebdo, journaux installés avec des dizaines de
salariés.
Dans un genre qui n'a ni publicité, ni subventions, ni mécènes, et au
beau milieu d'une crise aiguë de la presse, ces échecs n'ont cependant
pas refroidi des anciens de Siné Hebdo et de La Mèche qui lancent Zélium
(24 pages, 3 euros, tirage à 70.000 exemplaires). "Tous les
participants sont bénévoles, témoigne Etienne Liebig, conseiller
artistique. On a cependant mis de l'argent en réserve sur un compte car
même si l'imprimeur a accepté d'être payé après, il voulait être sûr
d'avoir l'argent immobilisé". A partir de 10.000 exemplaires vendus,
Zélium devrait rentrer dans ses frais. Et si bénéfice il y a, il sera
équitablement partagé entre tous les collaborateurs.
Aucun objectif de vente n'a été fixé, mais pour Etienne Liebig il n'est
pas envisageable de continuer ad vitam aeternam avec des bénévoles. "Il
faut de la qualité. Et la qualité ça se paye". "Notre économie est
brinquebalante, c'est un peu de la bricole. Il n'y a pas de locaux, pas
de salariés permanents, assure le journaliste Nicolas de La Casinière.
"Mais au moins, ajoute-t-il, si on arrête, il n'y a pas de dégâts
sociaux". A Nantes, Nicolas de La Casinière est la cheville ouvrière de
"La Lettre à Lulu" qui, depuis décembre 1995, satirise la société
nantaise. Au rythme de quatre numéros par an, absolument tout repose sur
le bénévolat depuis 15 ans. "Les ventes et nos abonnements nous
permettent de payer l'imprimeur et le routage. Si on fait de la marge,
ça sert en cas de procès", précise-t-il avant d'ajouter en souriant: "On
vend en moyenne 2.800 exemplaires. C'est pas mal, vu qu'on est nul en
commerce ! "
Basé à Marseille, le mensuel national CQFD "vit de peu", souligne
François Maliet, secrétaire de rédaction, mais le journal compte de
"deux à cinq salariés". "Le reste, c'est du bénévolat", dit-il. La
publication d'un tel journal demande beaucoup d'investissement: "C'est
fatigant, et on est obligé de travailler à l'extérieur, souligne
François Maliet. Alors il y a deux ans, on a lancé un appel à nos
lecteurs et on a eu 2.000 abonnés supplémentaires". Aujourd'hui, la
diffusion moyenne de CQFD est de 6.000 exemplaires.
Fondateur de Fakir, François Ruffin assure que ce qui fait marcher son
journal, "c'est l'auto-exploitation permanente de ses membres et de ses
lecteurs": il encourage ardemment ceux-ci à abonner leurs proches. Le
magazine confectionné à Amiens diffuse entre 10.000 et 20.000
exemplaires par numéro et "se porte très bien", assure-t-il. Il compte
un salarié pour l'administratif, tandis que les articles et dessins sont
là aussi l'oeuvre de bénévoles. François Ruffin ne définit pas Fakir
comme un journal satirique, mais plutôt de critique sociale: "Nous
sommes sérieux sur le fond et nous essayons d'être drôles dans la
forme". Car si son journal, comme CQFD, parvient à exister, c'est qu'il
ne s'en tient pas au "bête et méchant" chanté naguère par Hara Kiri. "Il
y a de la place pour la presse satirique, abonde François Maliet. Mais
il ne faut pas s'en tenir là, il faut des enquêtes et des reportages".
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Il a intérêt à en faire si la gauche repasse... A chaque fois c'est la cata pour eux...
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