Pierre Menès L'application TikTok a-t-elle accéléré la violence des manifestations et les pillages en bandes de dizaines de magasins et peut-on l'interdire ? Les émeutes qui ont frappé la France les 17 et 18 octobre relancent une question sensible : les réseaux sociaux, et particulièrement TikTok, jouent-ils un rôle dans la propagation des violences et l'organisation des pillages ?
À Paris, Marseille, Lyon et dans plusieurs autres villes, les manifestations ont dégénéré en affrontements avec les forces de l'ordre, destructions et attaques de commerces. Plus de 2.400 interpellations ont été recensées à l'échelle nationale.
La diffusion rapide de vidéos spectaculaires, leur amplification algorithmique et la possibilité de partager des appels à se rassembler peuvent faciliter la propagation de troubles. Mais une distinction essentielle s'impose : montrer un pillage, appeler à y participer et organiser une attaque sont trois comportements différents. Alors peut-on légalement interdire TikTok en France ?
La France a déjà tenté cette expérience. En mai 2024, pendant les émeutes en Nouvelle-Calédonie, le gouvernement avait décidé de bloquer TikTok, estimant que l'application contribuait à la propagation des violences.
Le 1er avril 2025, le Conseil d'État a cependant jugé cette interdiction illégale.
Il a reconnu qu'une suspension provisoire pouvait être justifiée par des troubles extrêmement graves, mais a estimé que le blocage décidé en 2024 était disproportionné, notamment parce qu'il ne comportait pas de limite de durée suffisamment précise.
Aujourd'hui, le règlement européen sur les services numériques (DSA) impose également à TikTok de prévenir et de limiter les risques liés à la diffusion de contenus illégaux et aux menaces contre la sécurité publique.
Il permet notamment aux autorités européennes de contrôler les pratiques de modération et les systèmes algorithmiques.
En pratique, trois réponses peuvent être envisagées : faire retirer les vidéos appelant explicitement à des violences, demander des mesures renforcées à la plateforme et, en dernier recours, envisager une suspension temporaire si les conditions juridiques exceptionnelles sont réunies.
Le gouvernement ne pourrait donc pas simplement interdire TikTok parce que des images de pillages y circulent massivement. Il lui faudrait démontrer que la plateforme contribue effectivement à des troubles d'une gravité exceptionnelle et qu'aucune solution moins restrictive ne permet d'y répondre.
La question est désormais de savoir si TikTok se contente de montrer les violences ou si certains contenus diffusés sur l'application contribuent réellement à les organiser et à les amplifier. C'est cette différence que les autorités devraient établir avant de pouvoir justifier une mesure aussi radicale qu'une interdiction.
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