Christiane Amanpour
Des dizaines de journalistes égyptiens ont organisé un sit-in au Caire pour demander la libération de six journalistes arrêtés dans la semaine, l'atteinte la plus grave portée à un média indépendant depuis des années, selon des ONG. Les autorités égyptiennes ont confirmé jeudi avoir arrêté les six journalistes composant la rédaction de la plateforme d'investigation Matsadaash, spécialisée dans le fact-checking. L'assemblée générale du Syndicat des journalistes égyptiens s'est proclamée en session permanente et a acté la poursuite du sit-in, qui se tient devant son siège, jusqu'à lundi.
Le conseil du syndicat se réunira alors pour décider de la suite du mouvement. "Le danger ne se limite pas à ces journalistes. Il concerne tous les journalistes indépendants", a déclaré à l'AFP le journaliste Mostafa Bassiouny, présent au rassemblement. "Les marges de manoeuvre déjà très restreintes du journalisme indépendant sont réellement menacées", a-t-il ajouté.
Les autorités ont arrêté les six journalistes dans plusieurs gouvernorats égyptiens entre lundi et mardi, selon des organisations de défense des droits et la direction de Matsadaash.
Des avocats et des ONG affirment qu'ils ont été placés en détention sans que leur localisation ait été immédiatement communiquée à leurs familles ou à leurs représentants légaux.
Plus de 80 organisations régionales et internationales, dont Human Rights Watch (HRW), Reporters sans frontières (RSF) et le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), ont condamné l'arrestation des journalistes et demandé leur libération immédiate.
"Le démantèlement d'une rédaction entière en quelques heures, sans avertissement ni motif valable, envoie un message effrayant à tous les journalistes travaillant en Égypte", a déclaré Bassam Khawaja, directeur adjoint de HRW pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. Le ministère de l'Intérieur a invoqué la "diffusion de fausses informations" financée depuis l'étranger et des liens entre les six journalistes et les Frères musulmans, organisation interdite dans le pays.
Les autorités ont indiqué que des poursuites judiciaires avaient été engagées à leur encontre. Matsadaash, dont le nom signifie "N'y crois pas" en arabe, a rejeté ces accusations.
Des organisations de défense des droits humains accusent le Caire de détenir un grand nombre de dissidents et prisonniers d'opinion.
Les autorités démentent, affirmant que ces détenus relèvent du droit pénal. Selon l'EIPR, le nombre total de journalistes détenus en Égypte en lien avec leur profession s'élève désormais à 26.
Vos réactions
Réagissez
Nouveau ?
Inscrivez-vousDéjà membre ?
Mot de passe oublié ?