météo Près d'un salarié sur trois en France a eu une relation "sentimentale ou sexuelle" au travail, ce qui suscite souvent l'indifférence mais peut aussi conduire à un licenciement. L'amour au travail, parfois codifié et interdit dans des "chartes éthiques", est-il réellement sans risque ?
Aux Etats-Unis, "un salarié sur deux aurait déjà eu des rapports sexuels avec un collègue", selon une étude publiée en mai 2024 dans le magazine Business Insider et rapportée dans l'ouvrage "L'entreprise après #MeToo ? Entre romances et violences, que peut le management" (Editions ems).
"Pour 17% d'entre eux, ces rapports auraient même été réguliers. En France, près d'un salarié sur trois aurait eu une relation sentimentale ou sexuelle avec un ou une collègue et un salarié sur dix a rencontré son conjoint ou sa conjointe sur son lieu de travail, selon une enquête publiée en 2012", détaille Christine Noël-Lemaitre, chercheuse et une des co-autrices de l'ouvrage.
Mais parfois, une histoire d'amour entre collègues peut aller jusqu'au contentieux. M. I. était contrôleur de gestion junior lorsqu'il a été recruté par le groupe de luxe français Chanel, avant de gravir les échelons et devenir "auditeur interne senior" pour trois régions. Jusqu'au jour où il a été licencié "pour une cause réelle et sérieuse par lettre du 18 décembre 2018", selon le résumé fait par la justice.
L'entreprise de haute couture reprochait à son salarié un "défaut de loyauté": il n'avait pas informé son employeur de sa relation avec Mme T., sa compagne et ancienne collègue indirecte, contrairement aux dispositions prévues dans son contrat de travail et dans la "charte éthique" qu'il avait signée.
Poussées par leurs partenaires américaines, de nombreuses entreprises françaises ont lancé il y a une quinzaine d'années des "chartes éthiques", qui "n'ont pas une valeur juridique" mais tentent de "formaliser les relations" et "servir à la gestion des risques" en entreprise, rappelle Christine Noël-Lemaitre.
En vain. Contrairement aux juridictions précédentes, la Cour de cassation a estimé, elle, que "le salarié a droit, même au temps et au lieu de travail, au respect de sa vie privée". Et "l'employeur ne peut, sans violation de cette liberté fondamentale, obliger ses salariés à lui communiquer des informations sur leur situation familiale", poursuit l'arrêt de la Cour rendu en décembre.
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