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L'Allemagne envisage d'interdire les pièces fabriquées par les constructeurs chinois Huawei et ZTE dans ses réseaux 5G à partir de 2026, invoquant notamment des questions de sécurité

L'Allemagne envisage d'interdire les pièces fabriquées par les constructeurs chinois Huawei et ZTE dans ses réseaux 5G à partir de 2026, invoquant notamment des questions de sécurité et prenant le risque de nouvelles tensions avec Pékin.

Les composants chinois seraient exclus du "coeur de réseau" à partir du 1er janvier 2026, ont indiqué à l'AFP des sources gouvernementales, précisant que l'interdiction porterait également sur les pièces déjà installées.

Ce projet porté par le ministère allemand de l'Intérieur doit cependant faire l'objet d'un accord au sein de la coalition gouvernementale d'Olaf Scholz. Selon la presse allemande, tous les ministres ne s'y sont pas ralliés.

Dans la proposition consultée par l'AFP, le ministère de l'Intérieur invoque notamment la nécessité de "réduire les risques" vis-à-vis de la Chine, comme le préconise la récente stratégie adoptée par l'Allemagne à l'égard du géant asiatique.

Les infrastructures critiques, dont font partie les réseaux de téléphonie, sont particulièrement concernées par cette politique de renforcement de la sécurité et de réduction des dépendances unilatérales.

Le réseau mobile 5G est "le système nerveux central de l'Allemagne en tant que puissance économique", note le projet.

L'audit des systèmes de télécommunications auquel procède actuellement le gouvernement "n'est pas terminé et les discussions avec d'autres ministères impliqués dans la décision continuent", a déclaré un porte-parole du ministère de l'Intérieur lors d'une conférence de presse régulière.

L'Allemagne a durci, depuis un an, sa position vis-à-vis de la Chine et cherche à maintenir un équilibre délicat entre poursuite de la coopération économique avec son premier partenaire commercial et protection de ses intérêts stratégiques et sécuritaires.

Cette nouvelle stratégie intervient dans un contexte d'inquiétudes croissantes en Europe et aux Etats-Unis vis-à-vis des ambitions de Pékin.

En révélant les fragilités des chaînes d'approvisionnement, la crise du Covid a renforcé les désirs de souveraineté des Européens dans le domaine industriel tandis que la guerre en Ukraine a montré le risque d'une dépendance envers la Russie pour la fourniture de gaz.

Les menaces chinoises visant Taïwan, les accusations de persécutions contre les Ouïghours, l'absence de condamnation par Xi Jinping de l'invasion l'Ukraine ont également alimenté la défiance.

Cette inflexion s'est concrétisée dans la publication par l'Allemagne, mi-juillet, d'un document stratégique visant à fixer le cap des relations avec la Chine.

"Notre objectif n'est pas de nous découpler (de Pékin). Mais nous voulons réduire les dépendances critiques", avait rappelé le chancelier Olaf Scholz reprenant la formule de la Commission européenne qui voit dans Pékin à la fois "un partenaire, un concurrent et un rival systémique".

- Sécurité de l'UE -

Washington, qui affiche une position encore plus ferme, a déjà interdit la vente d'équipements de cinq fournisseurs chinois, dont Huawei et ZTE. Les Etats-Unis, invoquant des risques d'espionnage ou de sabotage des réseaux occidentaux, ce que démentent les entreprises concernées, font pression pour que les pays européens leur emboîtent le pas.

L'Allemagne, durant l'ère de l'ex-chancelière Angela Merkel, avait renâclé à prendre position sur cette question, refusant l'idée d'un boycott jugé néfaste pour les affaires de la première économie européenne.

En juin, la Commission européenne a appelé les 27 pays membres et les opérateurs télécoms à exclure Huawei et ZTE de leurs réseaux mobiles.

L'exécutif européen a lui-même annoncé qu'il ne souscrirait plus de services de téléphonie mobile s'appuyant sur les matériels de ces entreprises, estimant que cela représentait un risque pour la sécurité de l'UE.

"Nous ne pouvons pas nous permettre de maintenir des dépendances qui pourraient devenir des armes contre nos intérêts", avait estimé le commissaire au Marché intérieur Thierry Breton.

Des interdictions pour la fourniture d'équipements 5G ont également déjà été prises au Royaume-Uni, au Canada, en Suède mais les pays européens sont divisés sur l'approche à adopter.

Réservé sur une possible interdiction, le ministère allemand du Numérique a souligné "qu'il existe déjà des normes très élevées et des réglementations strictes concernant l'utilisation de composants critiques dans le développement de la 5G" en Allemagne.

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Vos réactions

Portrait de Bob28
25/septembre/2023 - 07h39

Excellente décision !

A condition d'utiliser à la place du matériel Européen, et non pas du matériel Américain.