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Les publicités de paris sportifs envahissent l'espace public à l'approche de l'Euro, soulevant la question de la mise en valeur d'une pratique addictive

Dans les transports, sur les réseaux sociaux ou à la mi-temps des matches... Les publicités de paris sportifs envahissent l'espace public à l'approche de l'Euro, soulevant la question de la mise en valeur d'une pratique addictive. "La publicité est abusive et omniprésente, notamment sur les chaînes de sport", soupire Jules.

Cet étudiant parisien de 21 ans, qui n'a pas souhaité donner son nom, scrute les meilleures cotes depuis qu'il est majeur. "Ce qui fait le lien entre tout ça, c'est l'illusion du gros lot, alors que les paris sportifs, c'est tout sauf ça !" Autorisés depuis onze ans en France, les jeux d'argent et de hasard en ligne sont encadrés par l'Autorité nationale des jeux (ANJ), qui n'a la capacité de réguler les publicités que depuis novembre 2020.

L'ANJ peut désormais demander à un opérateur de retirer un spot publicitaire si elle estime qu'il "banalise ou valorise ce type de pratique" ou "suggère que jouer contribue à la réussite sociale", entre autres. "On doit approuver la stratégie publicitaire de chaque opérateur, une fois par an, et on émet des préconisations particulières", explique Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de l'ANJ, qui assume vouloir "laisser place à l'audace, au deuxième degré". Un jeu d'équilibriste induit par la nécessité, selon elle, de ne pas prohiber les publicités, sous peine de voir se développer "l'offre illégale".

Mais la pression publicitaire ne cesse d'augmenter, encouragée par les bons chiffres du secteur des jeux d'argent: le nombre de parieurs sportifs au premier trimestre 2021 a augmenté de 29% par rapport à la même période l'an dernier, selon les chiffres de l'ANJ, pour un total de 2,5 millions de comptes actifs.

"Les budgets ont évolué au même rythme que les clients qui rentrent", défend Martin Houdbine, directeur de Betclic France, l'un des principaux acteurs du marché français. Face à l'effet cumulatif, "il faut peut-être réfléchir à encadrer le volume publicitaire", propose Mme Falque-Pierrotin. "Il y a des pays où on ne peut pas diffuser les publicités pour les paris sportifs avant une certaine heure, ce qui permet d'éviter que les mineurs les voient."

Les jeunes joueurs sont particulièrement ciblés, notamment sur les réseaux sociaux, où les sites de paris sportifs ont depuis quelques années recours aux influenceurs. Journalistes sportifs, footballeurs ou youtubeurs, ils posent fièrement aux côtés des slogans d'un opérateur, incitant leur audience à le privilégier. "Les 18-35 ans s'informent davantage sur les réseaux sociaux que par la presse, donc les influenceurs relaient les marques et permettent d'obtenir un public fidèle", détaille Martin Houdbine. "Mais c'est moins de 5% de l'acquisition de nos nouveaux clients", tempère le président de Betclic France. Les opérateurs de paris sportifs font également appel aux "tipsters" et "analystes", des parieurs chevronnés qui étudient les cotes et conseillent leur communauté, pour attirer des nouveaux joueurs par la méthode de l'affiliation.

"C'est simple: vous partagez un lien +tracker+ [qui permet à l'opérateur de connaître l'origine du clic, NDLR] vers le site de l'opérateur, et quand vous attirez un client, vous touchez une commission de l'ordre de 30 euros", explique un analyste suivi par plus de 7.000 personnes sur Twitter.

"Plus vous en attirez, plus les commissions sont élevées." Affilié à Parions Sport et Winamax, cet homme de 33 ans a gagné un peu plus de 300 euros avant d'arrêter "pour ne pas saouler sa communauté". "Si vous ne faites pas du spam tous les jours, vous n'y arriverez pas, parce que sur les réseaux, c'est la guerre aux affiliations." Avec la méthode du parrainage, qui permet à un joueur de toucher une somme de la part d'un opérateur s'il convainc un nouveau de s'inscrire avec son code personnel, les opérateurs ratissent large sur les réseaux sociaux. Mais comme pour tous jeux d'argent, addiction et endettement ne sont jamais loin.

L'association S.O.S. Joueurs estime que 70,3% des joueurs sont endettés auprès des banques, ce qui représente 26,7 millions d'euros. Et certaines associations regrettent que les publicités pour paris sportifs ne soient pas interdites, contrairement à celles pour les cigarettes. "C'est deux poids, deux mesures en fonction du produit", déplore Armelle Achour, directrice de l'association S.O.S. Joueurs. L'ANJ alerte aussi contre les "pratiques commerciales trompeuses" qui se cachent parmi les "tipsters" et sites de pronostiqueurs, qui se sont "récemment fortement développés". Cet été, l'enchaînement des compétitions sportives internationales (Euro, Tour de France, JO) fera sûrement tourner la machine à sous, dopant la publicité, et probablement le nombre de joueurs.

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