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Les médias polonais indépendants ont bloqué leurs contenus pour protester contre un projet d'impôt sur la publicité qui menace, selon eux, leur existence

   Par Bernard OSSER

Les médias polonais indépendants ont bloqué, d'un commun accord inédit, leurs contenus pour protester contre un projet d'impôt sur la publicité qui menace, selon eux, leur existence. Le projet, débattu par le gouvernement, prévoit notamment qu'une partie des revenus provenant de la publicité fasse l'objet d'un nouvel impôt destiné, entre autres, à la lutte contre la pandémie de Covid-19. "Sur cette page, vous devriez voir nos contenus. Si les plans du gouvernement réussissent, vous ne les verrez peut-être plus", a écrit le quotidien Gazeta Wyborcza sur la page d'accueil de son site internet.

L'appel a été suivi par une cinquantaine de médias ou groupes de médias, dont les chaînes de télévision TVN appartenant à l'américain Discovery, du groupe Polsat, les premières radios privées ZET et RMF FM, ainsi que les importants sites d'information onet.pl et wp.pl, qui n'émettent que cet appel. Seule la télévision publique TVP, transformée depuis quelques années en un organe de propagande des conservateurs nationalistes au pouvoir, était disponible à l'échelle nationale. "Il n'y a pas de pays libre sans médias indépendants. Il n'y a pas de liberté sans liberté de choix", a écrit Radio Zet sur son site. "Les médias libres sont la pierre angulaire de la démocratie. Les États-Unis défendront toujours l'indépendance des médias", a indiqué l'ambassade des Etats-Unis en Pologne. Le blocage doit se poursuivre pendant 24 heures.

Les auteurs de l'appel qualifient le nouvel impôt de "racket" qui se traduira par "l'affaiblissement, voire la liquidation de certains médias". L'impôt qui varierait entre 2 et 15% du chiffre d'affaires sur la publicité, concernerait toutes les sociétés qui tirent une partie des revenus de la publicité, dont aussi les groupes internationaux ou, dans une moindre mesure, les géants d'internet, ainsi que les cinémas et les sociétés de publicité extérieure. Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a déclaré récemment que l'impôt faisait partie des efforts déployés à l'échelle européenne pour taxer les géants mondiaux de la technologie comme Google ou Facebook. "Cet impôt concernera aussi bien les géants d'internet internationaux, que des grands groupes privés, mais également la télévision publique polonaise", a indiqué mercredi le porte-parole du gouvernement Piotr Müller.

Ce sont des sociétés "qui sont très riches et qui peuvent se permettre de partager leurs revenus de manière solidaire", a-t-il dit à la télévision publique TVP Info. Selon le gouvernement, la moitié des revenus générés par cet impôts irait au Fonds National de Santé et à la lutte contre les effets de la pandémie, ainsi qu'à un Fonds de protection de monuments ou dans des projets culturels. Selon lui, ce genre d'impôts existe déjà dans plusieurs pays européens.

Les auteurs de l'appel indiquent au contraire que l'impôt favoriserait les géants d'internet, taxés à un niveau moins élevé, et les médias publics, ces derniers bénéficiant d'importantes subventions de l'Etat. Depuis sa prise du pouvoir en 2015, le parti conservateur nationaliste Droit et Justice (PiS), a mis la main sur les médias publics, une situation dénoncée par l'opposition libérale et des observateurs internationaux. Le PiS clame la nécessité de "repoloniser" les médias dans ce pays, accusés par ce parti de représenter des intérêts étrangers, notamment allemands. Début décembre, le géant pétrolier polonais PKN Orlen, contrôlé par l'Etat, a racheté à l'allemand Verlagsgruppe Passau le groupe de presse Polska Press, propriétaire notamment de 20 quotidiens régionaux.

L'office anti-monopole polonais a refusé récemment la demande d'une fusion entre le groupe commercial de médias Agora et la radio ZET, rejet qualifié de "politique" par nombre d'observateurs. Dans son rapport mondial sur la liberté de presse en 2020, l'organisation Reporters sans frontières insiste sur le fait que "les discours partisans et les discours de haine sont toujours la règle dans les médias d'État, qui ont été transformés en porte-parole de propagande gouvernementale".

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