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Affaire Uramin: L'ex-patronne d'Areva Anne Lauvergeon perd son procès en diffamation contre la radio France Inter et un journaliste

Ils étaient poursuivis par l'ex-patronne d'Areva (devenu Orano) pour une émission sur le rachat controversé d'Uramin en 2007: France Inter et un journaliste ont été relaxés par le tribunal de Paris. Anne Lauvergeon, qui a été à la tête du groupe entre 2001 et 2011, attaquait en justice la radio publique pour un épisode d'Affaires sensibles baptisé "Uramin: le scandale caché d'Areva", diffusé le 9 février 2016. Le programme était consacré à l'acquisition en 2007 pour 1,8 milliard d'euros de la société canadienne Uramin, propriétaire de trois gisements d'uranium en Afrique. Areva avait investi un milliard d'euros supplémentaires mais, sur place, l'exploitation s'est rapidement révélée plus difficile que prévu et l'opération avait viré au fiasco. Fin 2011, six mois après le départ de Mme Lauvergeon, le groupe avait été contraint de passer de lourdes provisions de 1,5 milliard d'euros.

Ce rachat controversé est au coeur de deux informations judiciaires depuis 2015. L'une porte sur des soupçons d'escroquerie et de corruption: dans ce dossier, Mme Lauvergeon est témoin assisté. En revanche, elle est mise en examen dans la seconde instruction qui porte sur les provisions inscrites en 2010 et 2011 par Areva, les magistrats soupçonnant d'anciens responsables de les avoir sous-évaluées dans les comptes pour masquer l'effondrement de la valeur d'Uramin. La validité de cette mise en examen doit être confirmée par la cour d'appel de Paris le 4 février. La plainte contre France Inter visait huit passages de l'émission qui est l'une des plus écoutées de la station publique.

Trois mois après l'audience, le tribunal a rendu sa décision vendredi, estimant que certains passages étaient bien diffamatoires, mais que les prévenus devaient être relaxés au titre de la bonne foi. Le tribunal a estimé que le sujet était d'intérêt général et que les journalistes disposaient d'une base factuelle suffisante. "Presque tous les extraits accusent Mme Lauvergeon d'avoir commis une infraction pénale, les autres laissant entendre qu'elle a eu un rôle qui constituerait un abus de sa fonction dirigeante", avait plaidé Me Orly Rezlan, l'une de ses avocates. Elle avait aussi souligné que Mme Lauvergeon n'avait pas été de nouveau sollicitée pour réagir. Pour la défense, Me Basile Ader avait versé 43 pièces - rapports et documents - qui avaient nourri le travail des journalistes, notamment un rapport de la Cour des comptes, à l'origine d'un signalement à la justice en 2014. "Pour le moins il y a une base factuelle suffisante", a argué l'avocat, soulignant le sérieux de l'enquête.

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