05/02/2020 15:59

Didier Gailhaguet en conférence de presse: "Pour être démissionnaire, il faudrait que j'aie commis une faute. Je n'estime pas en avoir commise" - Vidéo

15h57: Le point sur ce qu'il faut retenir de la conférence de presse

En plein scandale de violences sexuelles dans le patinage français, son inamovible patron Didier Gailhaguet s’est défendu mercredi: il a assuré n’avoir jamais couvert aucun cas d’abus dans son sport et a ciblé la ministre «moralisatrice» Roxana Maracineanu, qui a appelé à sa démission.

«Mme la ministre ne m’a pas entendu, elle est drapée dans ses certitudes», a déclaré M. Gailhaguet, 66 ans, lors d’une conférence de presse, dénonçant «une ministre moralisatrice et des opportunistes de circonstances que l’on n’a pas vus dans les patinoires depuis 10 ans». Sa démission ? Il a réaffirmé qu’il se positionnerait une fois rendues les conclusions d’une nouvelle enquête administrative, diligentée par le ministère. Autant dire au moins plusieurs semaines.

Juste avant qu’il ne s’exprime, la porte-parole du gouvernement, Sibeth N’Diaye, avait assuré qu'«évidemment», la demande de son départ était «partagée par l’ensemble du gouvernement». Ce choix de Didier Gailhaguet de s’accrocher à la présidence qu’il occupe depuis 1998 (sauf une interruption entre 2004 et 2007) n’a pas fait l’unanimité en interne: quatre membres du bureau exécutif (sur seize) de la FFSG ont démissionné. Jusqu’où ira Gailhaguet, déjà éclaboussé par une affaire de tricherie aux JO de Salt Lake City en 2002, puis contraint en 2004 à la démission de la FFSG à cause d’une mauvaise gestion, mais qui avait retrouvé la présidence en 2007 ?

Mercredi, il a en tout cas refusé de porter le chapeau dans la gestion du cas Beyer, du nom de l’ex-entraîneur soupçonné d’abus sexuels sur des patineuses, et accusé de viols depuis la semaine dernière par une ancienne figure de ce sport, Sarah Abitbol.

«Je n’ai absolument pas protégé Gilles Beyer», a résumé Gailhaguet, exprimant son «dégoût» pour les faits rapportés. Concrètement, Roxana Maracineanu reproche à la fédération dirigée par Didier Gailhaguet d’avoir remis Gilles Beyer dans le circuit, au début des années 2000, malgré une enquête administrative soulignant des attitudes inappropriées avec de jeunes patineuses. L’enquête avait conduit le ministère à sortir Beyer de ses rangs en 2001, mais l’entraîneur avait retrouvé une place dans son club d’origine, les Français volants. Il a également exercé des mandats à la Fédération jusqu’en 2018.

Gailhaguet a affirmé qu’il avait lui-même demandé une enquête administrative à la prédécesseure de Roxana Maracineanu, Marie-George Buffet (1997-2002), et qu’ensuite, les ministères des Sports et de l’Education nationale s’étaient refilés la patate chaude. Le rapport issu de cette enquête administrative, en 2000, dont l’AFP a eu connaissance, montre que Gailhaguet était précisément le destinataire du courrier de parents donnant la première alerte.

Le patron du patinage assure aussi qu’il était intervenu auprès de Beyer, aux Français volants, pour l’intimer de ne plus encadrer des mineurs. «Je me suis fait un peu réprimander, il m’a affirmé que la direction régionale de la jeunesse et des sports», dépendant du ministère des Sports, «lui avait rendu sa carte professionnelle», a affirmé Gailhaguet. Enfin, sur les mandats détenus par Beyer au bureau exécutif de la FFSG jusqu’en 2018, Gailhaguet a assuré qu’il n’y pouvait pas grand-chose parce que l’ancien entraîneur y avait été élu. Gilles Beyer a aussi organisé dans les années 2010 plusieurs tournées de gala de l’équipe de France de patinage artistique.

Quelques heures plus tôt, Roxana Maracineanu avait exprimé son sentiment sur sa rencontre lundi avec Didier Gailhaguet. «Je reste un peu sans voix devant ce Monsieur que j’ai rencontré pendant une heure il y a deux jours et qui a passé la moitié du temps à se défendre. A aucun moment, il n’a dit devant moi quelle était sa vision par rapport à cette problématique qui touche sa fédération», a déploré la ministre sur France 2.

Depuis que l’affaire a éclaté la semaine dernière, Gilles Beyer, 62 ans, a concédé avoir eu «des relations intimes» et «inappropriées» avec Sarah Abitbol, lui présentant des «excuses» que cette dernière a refusées. Même si les faits dénoncés dans le livre de Sarah Abitbol, «Un si long silence» (Plon), paraissent prescrits car ils remontent aux années 1990 à 1992, quand elle avait 15 à 17 ans, le parquet de Paris a annoncé mardi l’ouverture d’une enquête pour viols et agressions sexuelles sur mineurs par personne ayant autorité sur la victime.

14h32: Didier Gailhaguet s'exprime face aux journalistes lors d'une conférence de presse

"Il faut une capacité à encaisser les coups, et surtout les coups bas"

"Je suis ici pour rétablir une stricte vérité"

"Si je suis ici devant vous, c'est que Madame la ministre ne m'a pas entendue, drapée dans des certitudes et une médiatisation en folie"

"Ces gamines, qui sont aujourd'hui des femmes, sont des personnes que j'ai entrainées, ou dirigées ou que je connais. Que je connais bien, je les aime bien. Je suis atterré par ce triste constat de vie de femme brisée à cause de salauds qui ont profité de leur innocence. Il n'y a pas de mots pour décrire le dégoût que je ressens"

"La fédération, ce n'est pas un ramassis de pervers sexuelles ayant la culture du viol. Depuis quand dans ce pays a-t-on supprimé la présomption d'innocence ?"

"Je suppose que vous les journalistes, vous vous basez sur des faits, rien que des faits. Ceci sont trop graves pour qu'on joue ici de mauvais rôles. Etre dans l'actualité ne signifie pas forcément être dans la réalité. Ces faits, je les ai découverts pour 90% d'entre eux par la presse et par un livre. Ils sont affreux, inadmissibles, nous ne les supportons pas".

"Vous ne trouverez jamais mon nom dans des affaires de violence, de maltraitance de l'enfant. Je suis un homme imparfait, mais je suis un homme clean."

"Nous ne sommes pas les seuls. 28 sports ont été concernés par des affaires sur des mineurs de moins de 15 ans. Le sport français est victime de ce fléau. Il semblerait qu'en raison du livre de Madame Abitbol, tout soit concentré sur la FFSG. C'est une honte car toutes les victimes ont droit au même respect."

"Nous ne sommes pas les seuls. 28 sports ont été concernés par des affaires sur des mineurs de moins de 15 ans. Le sport français est victime de ce fléau. Il semblerait qu'en raison du livre de madame Abitbol, tout soit concentré sur la FFSG. C'est une honte car toutes les victimes ont droit au même respect."

"Je suis sali par des minables qui ne connaissent ni mon travail, ni l'homme."

"Où aurais-je bien pu pêcher par ignorance, naïveté ou incompétence ? J'ai fait le parcours pas à pas. Si je n'ai pas fait de fautes, des erreurs, j'en ai trouvé. Qui n'en commet pas ?"

"Il n'y a pas eu un seul cas pendant ma présidence qui n'ait pas été traité".

Didier Gailhaguet évoque le cas Gilles Beyer, entraîneur de Sarah Abitbol.: "C'est moi qui ai demandé l'enquête administrative au ministère des Sports. La thèse du copinage, bonjour !"

"Les services de Mme Buffet, alors ministre des Sports, ont dysfonctionné"

Didier Gailhaguet assure également avoir prévenu les dirigeants du club de Gilles Beyer des faits reprochés à ce dernier."Ils m'ont écouté et entendu. M. Beyer a été placé dans une fonction purement administrative."

"Une fédération sportive, ce n'est pas la justice, ce n'est pas la police, ce n'est pas le ministère des Sports."

"Je n'avais jamais entendu parler de viol sur les personnes d'Hélène Godard et Sarah Abitbol."

"J'ai appris ces faits il y a une semaine et demi. Ces faits sont horribles"

"Tout le monde savait ? Que diable ceux qui savaient n'ont pas dénoncé les faits ? Il est trop facile de venir baver sur les plateaux de télé en disant que tout le monde savait, sans n'avoir rien dit avant."

"La première enquête administrative, celle que j'ai réclamée, a conclu que monsieur Beyer ne devrait plus se retrouver dans une situation d'encadrement de mineurs. Pourquoi irais-je alors à l'encontre des résultats d'une enquête que j'ai moi-même demandé ? Ce serait totalement débile."

"Monsieur Beyer a été réintégré dans toutes ses fonctions d'entraîneur en 2001 par le ministère. Il a retrouvé son bureau, sans d'autres explications. (...) Pour couronner les dysfonctionnements du ministère, monsieur Beyer a continué à organiser des stages, et ce pendant 17 ans sans discontinuer, en internat, avec des mineurs, avec la bénédiction des services déconcentrés de l’Etat. Je vous laisse juger"

"Monsieur Beyer n'a fait l'objet d'aucune plainte, aucune enquête de police."

Le président de la Fédération française des Sports de glace énumère les autres cas de violences sexuelles révélés ces derniers jours

"Parler de réseau de copains, s'auto-protégeant, d'omerta... De biens grands mots pour désigner une méconnaissance des faits et des dysfonctionnements avérés, y compris ceux de l'Etat, c'est trop facile. S'il fallait condamner des gens sur l'unique rumeur, il n'y aurai plus personne dans cette salle."

"La fédération est salie"

"Pour être démissionnaire, il faudrait que j'ai commis une faute. Je n'estime pas en avoir commise. Des erreurs, certainement, mais pas des fautes. La ministre ayant annoncé qu'elle mettait en place une inspection générale, j'attendrai les résultats de cette inspection."

"Il m'est demandé de démissionner à propos de faits qui remontent à trente ans, que je connais depuis une semaine et demi. C'est comme si on demandait à Mme la ministre de démissionner parce que dans son club de natation de Clamart se trouvait un pervers sexuel. Si coup de balai il y a, il faut le faire chez soi."

"De qui se moque-t-on ? Stigmatiser un président de fédération honnête et travailleur, c'est dégueulasse."

"Je n'ai absolument pas protéger Gilles Beyer. Je suis celui qui a diligenté l'enquête administrative."

"Je considère que tout ce cinéma concernant l'omerta, je considère que c'est faux. Il y a quelques salopards qui ont fait des choses immondes mais il n'y a pas de réseau de protection."

"Je suis persuadé que ma démission va régler tous les problèmes du sport français et des abus sexuels immédiatement", ironise Didier Gailhaguet

"Dans beaucoup de clubs, il y a des enseignants qui enseignent à deux, voire à plus (...) "Je n'ai commis aucune faute. Je ne suis pas là pour me défendre (...) Je n'ai rien à dire à Gilles Beyer. Les faits parlent d'eux-même"

"Il ne faut pas que ces faits puissent se reproduire"

"L'important, c'est que la libération de la parole se fasse"

"Il y a des choses que je sais que je ne dirai pas aujourd'hui"

06h42: Le président de la Fédération française des sports de glace (FFSG) Didier Gailhaguet annonce qu'il ne prendra pas de décision sur une démission "avant la fin de l'inspection". "La ministre ayant annoncé qu'elle mettait en place une inspection générale, le président de fédération que je suis attendra les résultats de cette inspection avant de prendre une décision sur une démission demandée par Madame la ministre", a déclaré Didier Gailhaguet en marge d'un bureau exécutif extraordinaire de la FFSG organisé au siège de l'organisation à Paris. 

Les révélations de l'ex-championne de patinage Sarah Abitbol, qui accuse dans son livre "Un si long silence" son entraîneur Gilles Beyer de l'avoir agressée sexuellement et violée entre 1990 et 1992, ont provoqué un séisme dans le monde du sport. Face aux nombreux témoignages qui ont émergé depuis ces révélations, les membres de la Commission des athlètes de haut niveau du Comité national olympique et sportif français ont décidé de prendre la parole pour manifester leur solidarité avec les victimes et proposer des solutions pour "agir collectivement et briser le silence". France Info publie donc ce matin une tribune pour dire stop aux violences sexuelles dans le sport:

"OUI, nous, athlètes de haut niveau, souhaitons que les choses changent. OUI, nous avons la responsabilité que d'autres témoignages ne sortent pas dans vingt ans. OUI, les personnes impliquées qui ont laissé le mal se répandre doivent assumer leur inaction. OUI, nous soutenons la ministre des Sports qui a su prendre des positions fortes et engager la lutte contre toute forme de violence dans le milieu sportif. (...)  Nous proposons que les casiers et les antécédents judiciaires des bénévoles, des entraîneurs et des dirigeants de clubs et de fédérations soient systématiquement contrôlés, par une cellule neutre, indépendante et dotée d'une capacité d'intervention.

Et l'interdiction à vie d'exercer tout métier au contact de la jeunesse, quel que soit le domaine, pour tous les agresseurs et les prédateurs sexuels avérés. Nous demandons enfin la mise en place d'actions de formation, de sensibilisation et de prévention pour éduquer les enfants, adolescents, entraîneurs et managers dans toutes les structures sportives. A tous ! Sportifs, parents, entraîneurs, managers, présidents de fédération, de ligue, de club, bénévoles, journalistes, médecins, politiques, victimes ou témoins, amoureux du sport, ne laissons pas le mur du silence se reconstruire !"

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Vos réactions

Portrait de LaLouise
5/février/2020 - 19h56
Climato a écrit :

@LaLouise : Candeloro pour remplacer Gailhaguet? Ce serait la blague du siècle, lui qui faisait des commentaires salaces sur les patineuses avant d'être rappelé à l'ordre par le CSA.

 

Si je doute que Gailhaguet ne savait rien, en revanche il a raison de dénoncer ceux qui disent "Tout le monde savait" (genre Gwendal Pezerat) mais n'ont jamais rien dit.

Candeloro en tte délicatesse, a fait le tour des télés-radios pour dire qu'il était candidat à la succession... d'où ma remarque

Portrait de Climato
5/février/2020 - 19h11

@LaLouise : Candeloro pour remplacer Gailhaguet? Ce serait la blague du siècle, lui qui faisait des commentaires salaces sur les patineuses avant d'être rappelé à l'ordre par le CSA.

 

Si je doute que Gailhaguet ne savait rien, en revanche il a raison de dénoncer ceux qui disent "Tout le monde savait" (genre Gwendal Pezerat) mais n'ont jamais rien dit.

Portrait de LesRipoublicains
5/février/2020 - 18h41

A priori, s'ils étaient tous au courant, seul le patron de la fédé ne l'était pas, et pour lui, Dieu merci, les faits sont prescrits ... comme le dit un vieux proverbe barbarinois.

Portrait de LaLouise
5/février/2020 - 18h08

Bon ben Candéloro la place c'est pas pour tout de suite, il s'accroche le vieux !

Portrait de Climato
5/février/2020 - 18h05 - depuis l'application mobile

Gailhaguet a dénoncé Jack Lang mais sans aller au bout. J'espère que s'il est poussé vers la sortie, il fera tomber ded personnalités avec lui. Il semble avoir des dossiers.

Portrait de Marine-One
5/février/2020 - 16h34

Le patinage semple se dérouler sur un terrain glissant.  Attention aux chutes intempestives.

Portrait de Pulpomixx
5/février/2020 - 14h57

Bon débarras, qu'il assume et qu'il laisse la place aux autres, la blague n'a que trop durée...Il s'accroche avec toutes les casseroles qu'il a au cul, à un moment, il faut se poser les bonnes questions et tenter de partir la tête haute plutôt que de se cacher derrières des arguments minables.