13/07/2017 19:08

Attentat de Nice: La justice n'ordonne pas de retrait de Paris Match, mais interdit toute nouvelle publication des photos

19h07: Pas de retrait de Paris Match, mais toute nouvelle publication des photos interdite (tribunal)

"Recherche de sensationnel", "commentaires racoleurs" et images "indécentes": étrillant Paris Match, la justice a interdit jeudi à l'hebdomadaire "toute nouvelle publication" de deux photos de l'attentat de Nice, survenu le 14 juillet 2016, sans toutefois ordonner le retrait du journal des kiosques. Une telle mesure, demandée par le parquet de Paris, ne saurait être "efficiente", "dès lors que le numéro litigieux est dores et déjà en vente", a estimé le tribunal de grande instance de Paris. Dans leur décision, rendue à la veille de la commémoration de l'attentat qui avait fait 86 morts et 450 blessés sur la Promenade des Anglais, les juges ont estimé que deux des photos, sur lesquelles les victimes sont reconnaissables, "portent atteinte à la dignité humaine".

Le tribunal a interdit au journal "toute nouvelle publication", sous astreinte de 50.000 euros par infraction constatée, de ces deux photos et également interdit leur diffusion sous format numérique, sous astreinte de 50.000 euros par heure de retard, ce qui revient de fait à ordonner leur retrait sur les supports numériques du journal. Le jugement, signé par le président du TGI de Paris Jean-Michel Hayat, dénonce "une recherche évidente de sensationnel", des photos "indécentes par l'illustration de victimes courant pour échapper à la mort ou sur le point de mourir".

Paris Match s'est "félicité" que le retrait du journal des kiosques n'ait pas été ordonné, a déclaré un porte-parole, ajoutant que le journal "défend le droit des citoyens à être informés et à connaître la vérité, et le droit des victimes que nous avons rencontrées à témoigner pour qu'on ne les oublie pas". "Si j'avais su que c'était pour faire de la presse sensationnaliste, je n'aurais pas accepté", a affirmé à l'AFP Kamel Sahraoui, 26 ans, une des victimes qui témoigne dans le magazine. "Ces photos m'ont choqué, tout particulièrement celle du terroriste" abattu dans la cabine du camion, a ajouté le jeune homme, qui a perdu sa fille, sa mère et son neveu dans l'attentat.

15h30 : La justice dira ce jeudi à 18h si elle ordonne le retrait ou non du dernier numéro de Paris Match

12h19: Sur RMC, le directeur de la rédaction de Paris Match, Olivier Royant, a notamment jugé la demande du parquet injuste et complètement déplacée.

"Une demande de référée aura lieu à 14h. On la juge absolument sans fondement au regard de l’enquête qu’on vient de publier dans le journal. Il faut bien savoir qu’on suit le terrorisme depuis 30 ans. La question de la couverture des victimes du terrorisme est fondamentale chez nous, c’est quelque chose de très grave et on sait que ça touche beaucoup de gens.", a-t-il déclaré.

Avant de critiquer les restrictions faites à la presse française depuis quelques années. "Je crains la décision de justice. On est 37ème au classement mondial de la liberté de la presse et tout le monde s’en fout. On est en train de voir les libertés se restreindre avec une juridiction de beaucoup de choses. L’idée même qu’un journal puisse être saisi pour avoir parlé d’un attentat qui s’est produit en France est un authentique scandale qui va dans la continuité des restrictions de la presse qu’on connait depuis une vingtaine d’années".

Olivier Royant s'est également expliqué sur la publication de ces images: "Les photos que nous publions sont des captures vidéos. Ce sont des plans larges, sans identification possible des victimes ni d’atteinte à leur dignité. La France a du mal à se regarder en face, c’est un problème d’infantilisation du public."

"Les commémorations sont terribles car cela ramène dans la tête des gens tout ce qui s’est passé, c’est abominable, la plaie ne se referme jamais. En revanche, quand les gens vivent une grande souffrance, et c’est le cas du terrorisme, ils ont l’impression que l’histoire leur appartient, et malheureusement elle ne leur appartient pas. Cette histoire a une portée universelle et le terrorisme de Nice appartient à toute la France.", a-t-il poursuivi.

Et d'ajouter: "Ces photos sont absurdes, elles montrent un camion qui fonce dans une foule et l’absurdité du terrorisme et je pense qu’il est important de montrer cette absurdité. Mais ce qui pose problème, c’est qu’on se rend compte que pendant 14 mois le terroriste a tranquillement photographié les lieux pour planifier son crime. Cela dérange les autorités

10h54: "La tristesse d'une ville et de ses victimes ne se monnaie pas! Pas de Paris-Match cette semaine. Merci de votre compréhension." , c'est un message affiché par l'un des kiosquiers de Nice ce matin.

Comme le rapporte Nice Matin, Alex Routier, a adressé un mail pour manifester sa colère dès hier soir aux diffuseurs des Alpes-Maritimes, au nom de l'UNDP 06 (Union nationale des diffuseurs de presse).

"J'ai enlevé Paris-Match partout. Je trouve ça [la publication de photos extraites des caméras de vidéosurveillance, ndlr] abject et inutile. C'est purement mercantile!", a-t-il expliqué.

Et de préciser que pour le moment, une trentaine d'autres kiosquiers ont suivi son appel.

Avant d'expliquer avoir conscience de s'exposer à d'éventuelles poursuites pour refus de vente: "Je l'assume totalement. On rendra les invendus. Nous ne sommes pas des censeurs, mais [ce drame] nous touche au plus près. Certains font valoir leur droit à l'information; moi, je fais valoir mon droit au deuil!" 

10h17: Le parquet de Paris a assigné en référé jeudi Paris Match pour obtenir en urgence le retrait du numéro du magazine publié ce jour et contenant des images de la vidéosurveillance de l'attentat de Nice, qui suscite la colère des victimes et de leurs proches.

Le ministère public, qui assigne Hachette Filipacchi Médias et la directrice de publication de Paris Match, "demande au tribunal d'ordonner le retrait de la vente" du magazine et "l'interdiction de diffusion sous tous formats, notamment numérique", a indiqué le parquet de Paris, qui a également ouvert une enquête pour "violation du secret de l'instruction et recel" de ce délit.

Le référé, une procédure d'urgence, sera examiné à 14H00.

MERCREDI 12 JUILLET

Selon Europe 1, le procureur de Paris, François Molins, a lancé ce soir une procédure de "référé d’heure à heure" pour tenter de faire interdire la diffusion et la vente de Paris Match qui doit paraître ce jeudi.

Des images issues de la vidéosurveillance de l'attentat de Nice à paraître jeudi dans Paris Match "portent atteinte à la dignité des victimes et de leurs proches", ont accusé mercredi des associations de victimes à quelques heures des commémorations.

"Paris Match a fait le choix éditorial assumé de publier des photos extraites des bandes de vidéosurveillance de la ville de Nice et placées sous scellés", indique dans un communiqué l'avocat de la Fédération nationale des victimes d'attentats et d'accidents collectifs, maître Eric Morain.

L'avocat appelle le parquet antiterroriste de Paris "à faire cesser ce trouble manifestement illicite".

Cette requête est aussi soutenue par l'association Promenade des anges, qui rassemble les proches des victimes de l'attentat au camion bélier qui a ensanglanté la célèbre Promenade des Anglais le 14 juillet 2016.

"Ces captures d'écran, publiées sans précaution aucune, portent atteinte à la dignité des victimes et de leurs proches" et sont publiées "uniquement pour faire du sensationnel" et "créer une atmosphère morbide et voyeuriste", dénoncent les associations.

Christian Estrosi, le maire de Nice, a critiqué la publication d'images "insoutenables et abjectes". L'élu dit avoir écrit "au ministre de la Justice afin qu'il se saisisse de cette nouvelle parution qui ne manquera pas de raviver la douleur des familles".

Pour l'avocate du journal, "le sujet de Paris Match sur le 14 juillet est au contraire un hommage aux victimes et aux rescapés", a déclaré maître Marie-Christine Percin à l'AFP, qui n'a pas pu consulter le numéro à paraître.

"Il n'y a pas de photos montrant le visage des victimes ou portant atteinte à leur dignité.

Les images montrent le camion de très loin au moment où il arrive sur la foule, et des silhouettes de gens qui marchent", selon elle.

A la suite de l'attentat de Nice, plusieurs médias avaient déjà été pointés du doigt pour avoir notamment diffusé des images de victimes sur la Promenade des Anglais.

Le Conseil supérieur de l'audiovisuel avait appelé l'ensemble des médias audiovisuels à "la prudence et à la retenue, protectrices de la dignité humaine et de la douleur des personnes".

Me Eric Morain rappelle que la loi Guigou de 2000 encadre l'atteinte à la dignité d'une victime d'une infraction pénale mais seulement lorsqu'elles sont vivantes. Sur les images diffusées par Paris Match, des victimes vivantes blessées sont visibles mais, selon lui, pas forcément identifiables.

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Vos réactions

Portrait de Lax069
14/juillet/2017 - 09h47 - depuis l'application mobile

Paris match le poid des mots le choc des photos. C'est bien leur slogan ?

Portrait de pantxika64
14/juillet/2017 - 09h08

cette décision est à prendre par les familles de victimes......

par contre, mettre une photo de Sheilla avec son fils en plein "bonheur"... je me souviens des mots de Ludovic qui souffrait du refus de sa mère......auraient pu mettre une belle vue de Nice, simplement

Portrait de chaparals
13/juillet/2017 - 20h29
Kylen_chan a écrit :

C'est difficile de faire la part entre l'intérêt pédagogique et l'intérêt commercial de ce genre de photos. Et il y a tellement de questions sur ce drame, qu'on ne peut pas aborder cela de façon objective et froide. Si c'était vraiment commercial ça ferait la une  du numéro or cela n'est pas le cas...

D'un côté, cela pose le problème des secrets de l'enquête, de l'instruction, constamment bafoués car ces photos sont notamment issues des caméras de sécurité sous scellés et du portable de l'assassin et de ses repérages de son crime. Alors oui elles posent des questions sur le déroulement des faits, comment ce type n'a pas pu être repéré etc. 

D'un autre côté  des photos similaires d'attentats, de guerre, de charniers,  dans des pays étrangers ne déclenchent pas autant de questions sur le respect à accorder aux victimes et à leurs proches. La proximité du drame nous hérissent évidemment plus que si cela c'était passé à l'autre bout du globe.

 

.

 

Quand les photos  de ce pauvre enfant sur la plage faisaient la une des journaux, tout le monde y voyait un intérêt pour souligner la réalité de l'horreur de la situation des migrants.

Et en même les gens doutent  de l'existence de drames, s'ils n'ont pas de preuves matérielles, photos ou vidéos, et alors les théories du complot vont bon train ( même quand il y a des vidéos, ceci dit, vu tout ce que l'on a pu dire sur  le 11 septembre, qu'il s'agissait d'un trucage alors qu'on voyait pourtant le drame en direct).

Il est intéressant de voir qu'il y a dans le même numéro du magazine un long reportage photo sur les "morts-vivants" de Mossoul, les gens qui tentent de survivre dans une ville en ruine, or  la dernière image (plus petite)  montre des gens exécutés. Les gens vont-ils s'indigner car ils vont s'identifier comme ils s'identifient aux victimes de Nice?

Quand on regarde des vidéos ou des photos dans des manuels scolaires et livres d'histoire,  de gens crever littéralement de faim sur les trottoirs du ghetto de Varsovie, des charniers des camps,  est-ce instructif et pédagogique sur l'horreur du nazisme, est-ce indécent  eu égard au  non respect des victimes? Ou bien avons-nous un recul plus froid ( ou plus "sage") sur les témoignages visuels d'une atrocité éloignée dans le temps alors que là nous en sommes les témoins directs puisque nous vivons l'Histoire et nous ne pouvons nous en détacher. De plus si le crime est commis sur un peuple avec une couleur de peau différente, une culture et une civilisation totalement différente,  où l'identification à l'autre se fait moins facilement (ce n'est pas une question de haine raciste) ira-t-on crier au respect des victimes? 

La notion du respect et de l'intime varie en fonction des cultures et des pays.

Sera-t-on choqué si des médias étrangers reprennent les photos de Paris Match?  Demandera-t-on de les interdire?

 

Fallait-il montrer Tian'Anmen? Et en même temps  la Chine a censuré toutes les photos et vidéos et depuis l'événement n'a "officiellement" pas existé, les jeunes chinois continentaux ne connaissent pas cet épisode de leur pays. Donc heureusement que les preuves existent encore ailleurs dans le monde. 

 

On peut néanmoins  se focaliser sur le témoignages de survivants qui ont accepté de parler de leur reconstruction ( ou pas). Mais les mots ne sont-ils pas plus traumatisants pour le lecteur qui n'a pas été directement blessé dans sa chair? Est-ce un soutien, une thérapie pour les autres victimes qui n'arrivent pas à en parler?

"Le poids des mots, le choc des photos", c'est sûr..

 

 

 

j avais la mème réflexion  sur les victimes d attentat dans le monde....smiley

Portrait de Micheldu17.02
13/juillet/2017 - 16h53

Je n' achète ni ne lit Paris Match, sauf à éventuellement le feuilleter dans une salle d' attente, ce qui est probablement le cas de bien des gens.....

Vous faites, vous insultez la douleur, blablabla...... Vous ne faites pas, vous méprisez la douleur, blablabla....smiley

Portrait de Kylen_chan
13/juillet/2017 - 14h26

C'est difficile de faire la part entre l'intérêt pédagogique et l'intérêt commercial de ce genre de photos. Et il y a tellement de questions sur ce drame, qu'on ne peut pas aborder cela de façon objective et froide. Si c'était vraiment commercial ça ferait la une  du numéro or cela n'est pas le cas...

D'un côté, cela pose le problème des secrets de l'enquête, de l'instruction, constamment bafoués car ces photos sont notamment issues des caméras de sécurité sous scellés et du portable de l'assassin et de ses repérages de son crime. Alors oui elles posent des questions sur le déroulement des faits, comment ce type n'a pas pu être repéré etc. 

D'un autre côté  des photos similaires d'attentats, de guerre, de charniers,  dans des pays étrangers ne déclenchent pas autant de questions sur le respect à accorder aux victimes et à leurs proches. La proximité du drame nous hérissent évidemment plus que si cela c'était passé à l'autre bout du globe.

 

.

 

Quand les photos  de ce pauvre enfant sur la plage faisaient la une des journaux, tout le monde y voyait un intérêt pour souligner la réalité de l'horreur de la situation des migrants.

Et en même les gens doutent  de l'existence de drames, s'ils n'ont pas de preuves matérielles, photos ou vidéos, et alors les théories du complot vont bon train ( même quand il y a des vidéos, ceci dit, vu tout ce que l'on a pu dire sur  le 11 septembre, qu'il s'agissait d'un trucage alors qu'on voyait pourtant le drame en direct).

Il est intéressant de voir qu'il y a dans le même numéro du magazine un long reportage photo sur les "morts-vivants" de Mossoul, les gens qui tentent de survivre dans une ville en ruine, or  la dernière image (plus petite)  montre des gens exécutés. Les gens vont-ils s'indigner car ils vont s'identifier comme ils s'identifient aux victimes de Nice?

Quand on regarde des vidéos ou des photos dans des manuels scolaires et livres d'histoire,  de gens crever littéralement de faim sur les trottoirs du ghetto de Varsovie, des charniers des camps,  est-ce instructif et pédagogique sur l'horreur du nazisme, est-ce indécent  eu égard au  non respect des victimes? Ou bien avons-nous un recul plus froid ( ou plus "sage") sur les témoignages visuels d'une atrocité éloignée dans le temps alors que là nous en sommes les témoins directs puisque nous vivons l'Histoire et nous ne pouvons nous en détacher. De plus si le crime est commis sur un peuple avec une couleur de peau différente, une culture et une civilisation totalement différente,  où l'identification à l'autre se fait moins facilement (ce n'est pas une question de haine raciste) ira-t-on crier au respect des victimes? 

La notion du respect et de l'intime varie en fonction des cultures et des pays.

Sera-t-on choqué si des médias étrangers reprennent les photos de Paris Match?  Demandera-t-on de les interdire?

 

Fallait-il montrer Tian'Anmen? Et en même temps  la Chine a censuré toutes les photos et vidéos et depuis l'événement n'a "officiellement" pas existé, les jeunes chinois continentaux ne connaissent pas cet épisode de leur pays. Donc heureusement que les preuves existent encore ailleurs dans le monde. 

 

On peut néanmoins  se focaliser sur le témoignages de survivants qui ont accepté de parler de leur reconstruction ( ou pas). Mais les mots ne sont-ils pas plus traumatisants pour le lecteur qui n'a pas été directement blessé dans sa chair? Est-ce un soutien, une thérapie pour les autres victimes qui n'arrivent pas à en parler?

"Le poids des mots, le choc des photos", c'est sûr..

 

 

 

Portrait de GreenArrow
13/juillet/2017 - 11h58

Il a raison. C'est ultra malsain de publier ce genre de photo dans le but de vendre du papier.

Portrait de erine.teygype
13/juillet/2017 - 10h13

C'est bien Bruno Jeudi qui officie à Paris Match. Celui dont on nous abreuve de ces analyses notamment chez BFM.

Portrait de Alexander92
12/juillet/2017 - 23h35
Capri a écrit :

Je viens d'envoyer un message d'indignation à la rédaction de Paris Match (formulaire contact du site web) - appel au boycott

Portrait de erine.teygype
12/juillet/2017 - 23h18

Paris Match c'est un peu du même niveau que Voici non

Portrait de Laziq
12/juillet/2017 - 22h44
klipax a écrit :

pour le petit ayden sur la plage c'était en une de tout les journaux ! à oui mais là c'était pour nous culpabiliser.

+1

 

Portrait de luciep
12/juillet/2017 - 22h23
klipax a écrit :

pour le petit ayden sur la plage c'était en une de tout les journaux ! à oui mais là c'était pour nous culpabiliser.

Oh comme vous avez raison !!!

Portrait de oiseaubleu
12/juillet/2017 - 22h02

Paris Match a toujours été un journal de m....!

Portrait de Capri
12/juillet/2017 - 22h00 - depuis l'application mobile

Je viens d'envoyer un message d'indignation à la rédaction de Paris Match (formulaire contact du site web) - appel au boycott

Portrait de klipax
12/juillet/2017 - 21h41 - depuis l'application mobile

pour le petit ayden sur la plage c'était en une de tout les journaux ! à oui mais là c'était pour nous culpabiliser.

Portrait de Filoû02
12/juillet/2017 - 21h24

Certes mais elle fut où la dignité lorsque les médias et autres montraient des personnes au sol ?